force

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force

force [ f…Ērs ] n. f.
‚ÄĘ 1080; bas lat. fortia, plur. neutre substantiv√© de fortis ‚Üí 1. fort; forcer
I ‚ô¶ La force de qqn.
1 ‚ô¶ Puissance d'action physique (d'un √™tre, d'un organe). Force physique; force musculaire. ‚áí r√©sistance, robustesse, vigueur. Force hercul√©enne. Avoir de la force (‚áí 1. fort) . Avoir de la force dans les bras. Ne pas sentir sa force : frapper, pousser, etc., trop fort sans s'en rendre compte. Lutter √† forces √©gales, √† √©galit√© de forces. ¬ę elle serrait la rampe avec tant de force que le bois grin√ßait ¬Ľ (Green). ¬ę Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage ¬Ľ (La Fontaine). √ätre √† bout de forces, sans force. Ne plus avoir la force de marcher, de parler.
‚ôĘ Au plur. Ensemble, concours d'√©nergies. ‚áí √©nergie. M√©nager ses forces. Ce travail est au-dessus de ses forces. Ses forces l'ont trahi. Reprendre des forces. Aliment qui redonne des forces, qui fortifie, r√©conforte. ‚áí √©nerg√©tique, fortifiant. De toutes ses forces : en rassemblant et en utilisant toutes ses forces; par ext. le plus fort possible. Crier, taper de toutes ses forces.
‚ôĘ (Oppos√© √† adresse, souplesse) EN FORCE,oppos√© √† en souplesse. Courir, nager en force. ‚ÄĒ DE FORCE : qui exige de la force. Tour de force. √Čpreuve de force (‚áíaussi ci-dessous III, 1o) . Travailleur de force : personne dont le m√©tier exige une grande d√©pense de force physique. Travail, exercice de force. Bracelet, poignet de force : bracelet de cuir destin√© √† prot√©ger le poignet des travailleurs de force, des lutteurs. ‚ÄĒ √Ä LA FORCE DE. Se hisser √† la force des bras. Fig. √Ä la force du poignet.
‚ôĘ Mar. Vieilli Faire force (de rames, de voiles) : ramer, naviguer le plus vite possible.
‚ôĘ Loc. √ätre dans la force de l'√Ęge, au moment o√Ļ l'on atteint la pl√©nitude de ses moyens, la maturit√©. ‚áí fleur.
2 ‚ô¶ Capacit√© de l'esprit; possibilit√©s intellectuelles et morales. La science des g√©om√®tres qui ¬ę exerce la force de l'esprit ¬Ľ (Suar√®s). ¬ę Et consultez longtemps votre esprit et vos forces ¬Ľ (Boileau).
‚ôĘ Dans l'ordre moral. ‚áí constance, courage, cran, d√©termination, √©nergie, fermet√©, volont√© . Force morale; force de caract√®re. La force d'√Ęme des h√©ros corn√©liens. ¬ę Elle avait la force devant qui les autres plient : le calme ¬Ľ (R. Rolland). ¬ę elle me r√©sistait avec une force de volont√© qui voulait ma√ģtriser la mienne ¬Ľ (Loti). S'opposer avec force. Cette √©preuve d√©passe, est au-dessus de mes forces. Loc. La force tranquille, devise du Parti socialiste au pouvoir. ¬ę Il est vrai que la force tranquille fit merveille ¬Ľ (Le Nouvel Observateur, 1981).
3 ‚ô¶ DE (telle ou telle) FORCE. Ils sont de la m√™me force (physique, morale).‚ÄĒ Sp√©cialt (sur le plan intellectuel ou de l'habilet√©) Ce joueur n'est pas de force. Il n'est pas de force contre elle. ‚áí taille. Ils sont de la m√™me force au tennis, aux √©checs, en math√©matiques. ‚áí niveau.
4 ‚ô¶ Faire la force de qqn, constituer sa sup√©riorit√©. ¬ę Moi, ce qui fait ma force, c'est que je fais tout moi-m√™me ¬Ľ (Romains).
II ‚ô¶ La force d'un groupe, de qqch.
1 ‚ô¶ Pouvoir, puissance, influence (d'un groupe). PROV. L'union fait la force. La force de l'√Čglise, d'un parti. Force militaire d'un pays. Par ext. La force publique : ensemble des agents arm√©s du gouvernement, charg√© de maintenir l'ordre et de veiller √† l'ex√©cution des lois et des d√©cisions de justice. ‚áí arm√©e, gendarmerie, 1. police. La force arm√©e : les troupes. Force d'intervention, d'interposition. Force multinationale. ‚ÄĒ (1959) Force de frappe : ensemble des moyens militaires modernes (fus√©es, armes atomiques) destin√©s √† √©craser rapidement l'ennemi. (1961) Fig. Autorit√©, force, puissance. ‚ÄĒ Force de dissuasion. ‚ÄĒ Comm. Force de vente : personnel commercial (d'une entreprise) en contact avec la client√®le.
‚ôĘ EN FORCE. √ätre en force; arriver, attaquer en force, en nombre, avec des effectifs consid√©rables.
2 ‚ô¶ (XIIe) Plur. Ensemble des arm√©es. ‚áí arm√©e, troupe. Les forces arm√©es fran√ßaises. Forces navales, a√©riennes (1939). Forces fran√ßaises de l'int√©rieur (F. F. I.), pendant la Deuxi√®me Guerre mondiale. Forces de d√©fense antia√©rienne. Regrouper, concentrer ses forces. Admin. Les forces de police, les forces de l'ordre : police et gendarmerie intervenant en cas d'√©meute. ‚ÄĒ Par ext. Forces politiques, syndicales. ¬ę rallier les forces d'opposition ¬Ľ (Martin du Gard).
3 ♦ Techn. Résistance d'un objet. ⇒ résistance, robustesse, solidité. Force d'un mur, d'une barre. Spécialt Jambe de force, ou force : pièce de charpente qui sert à soulager la portée des longues poutres.
4 ♦ Intensité ou pouvoir d'action (d'une chose); caractère de ce qui est fort (III). La force du vent. Vent de force 5 sur l'échelle de Beaufort. Retour en force de l'hiver. Force d'un coup, d'un choc. Diminuer la force d'un son. La force d'un acide. Force d'un médicament. ⇒ activité, efficacité.
‚ôĘ (Choses abstraites) La force d'un sentiment, d'un d√©sir, son intensit√©. ‚áí violence. ¬ę Un muscle perd sa vigueur, un d√©sir sa force ¬Ľ (Colette). ‚ÄĒ Force d'un argument, d'une id√©e. Ici, ¬ę le mensonge a autant de force que la v√©rit√© ¬Ľ (Green). ‚ÄĒ Loc. Dans toute la force du mot, du terme : dans l'acception la plus signifiante. ‚ÄĒ Force du style. ‚áí couleur, vie, vigueur. S'exprimer avec force. ‚áí √©loquence, 1. feu, v√©h√©mence.
5 ♦ Typogr. Force de corps d'un caractère, mesurée en points. Un corps de force 6 (ellipt du 6).
III ‚ô¶ (XII e) Au sing. Pouvoir de contrainte.
1 ‚ô¶ En parlant d'une personne, d'un groupe. ‚áí contrainte, oppression, violence. Employer alternativement la force et la douceur. Imposer qqch. par la force. C√©der, ob√©ir √† la force. ‚ÄĒ La force et le droit. La force prime le droit, mot attribu√© √† Bismarck. Le gouvernement menace de recourir √† la force (en employant des forces de police, la force publique; cf. ci-dessus, II). ‚áí r√©pression. Loc. Montrer sa force pour n'avoir pas √† s'en servir (cf. Force de dissuasion).
‚ôĘ DE FORCE. Coup de force. Rapports de force. √ätre en position de force, en mesure d'imposer ses vues dans une n√©gociation, un conflit. ‚ÄĒ Pouvoir de contraindre donn√© par la sup√©riorit√© militaire. Situation de force. √Čpreuve de force, tout espoir de conciliation √©tant √©cart√© (cf. Bras de fer). ‚ÄĒ Vieilli Maison de force : prison d'√Čtat o√Ļ sont les condamn√©s aux travaux forc√©s et √† la r√©clusion. ‚áí for√ßat. ‚ÄĒ Camisole de force.
2 ‚ô¶ La force de (qqch.),son caract√®re irr√©sistible. La force de l'√©vidence, devant laquelle on s'incline. Faire qqch. par la force de l'habitude, automatiquement, machinalement. ‚ÄĒ La force des choses : la n√©cessit√© qui r√©sulte d'une situation. ‚áí n√©cessit√©, obligation. ¬ę C'est pr√©cis√©ment parce que la force des choses tend toujours √† d√©truire l'√©galit√©, que la force de la l√©gislation doit toujours tendre √† la maintenir ¬Ľ (Rousseau). Par la force des choses : obligatoirement, in√©vitablement.
‚ôĘ Dr. Force d'une loi, son caract√®re obligatoire. ‚áí autorit√©. Avoir force de loi : √™tre assimilable √† une loi, en avoir le caract√®re obligatoire. D√©cret qui a force de loi. ‚ÄĒ Force majeure : √©v√©nement impr√©visible, in√©vitable et irr√©sistible qui lib√®re le d√©biteur de son obligation. Cour. C'est un cas de force majeure.
‚ôĘ Loc. Force est de (et l'inf.) :il faut, on ne peut que. Force est de constater que... ¬ę Force lui fut de reconna√ģtre qu' [...] il avait opt√© pour le plus facile ¬Ľ (Martin du Gard).
3 ‚ô¶ Loc. adv. DE FORCE : en faisant effort pour surmonter une r√©sistance. Faire entrer de force une chose dans une autre. Prendre, enlever de force qqch. √† qqn. ‚áí arracher, extorquer. De gr√© ou de force. ‚ÄĒ PAR FORCE : en recourant √† la force; en c√©dant √† la force. Prendre, obtenir qqch. par force. Il n'a pas accept√© de son plein gr√©, mais par force, parce que les √©v√©nements l'y contraignaient. ‚ÄĒ √Ä TOUTE FORCE : en d√©pit de tous les obstacles, de toutes les r√©sistances. ‚áí absolument (cf. √Ä tout prix, co√Ľte que co√Ľte, par tous les moyens). Il voulait √† toute force que nous l'accompagnions.
IV ‚ô¶ Principe d'action physique ou morale.
1 ‚ô¶ Phys. Cause physique d'une acc√©l√©ration ou d'une d√©formation. La m√©canique, science de l'√©quilibre des forces et des mouvements qu'elles produisent. ‚áí cin√©matique, dynamique, statique. Direction, sens, point d'application, intensit√© d'une force. ‚áí vecteur. R√©sultante de deux forces. Moment d'une force par rapport √† un point, un axe. Force d'inertie. Forces centrifuge et centrip√®te dans un mouvement circulaire. Force de contact, entre deux corps ayant une surface commune. Forces de frottement. Forces √©lectrostatiques, √©lectromagn√©tiques. Forces gravitationnelles, nucl√©aires, forces qui s'exercent entre particules fondamentales. ‚áí interaction. ‚ÄĒ Techn. Unit√© de mesure des forces. ‚áí newton. Force √©lectromotrice.
‚ôĘ Cour. Courant √©lectrique triphas√©. Prise de force. Brancher sur la force.
2 ‚ô¶ Principe d'action, cause quelconque de mouvement, de changement. ¬ę notre volont√© est une force qui commande √† toutes les autres forces ¬Ľ (Buffon). ‚ÄĒ Id√©es-force. ‚áí id√©e.
‚ôĘ Les forces aveugles, myst√©rieuses, occultes de l'univers, du destin. ‚ÄĒ Fig. C'est une force de la nature, se dit d'une personne dot√©e d'une vitalit√© irr√©sistible.
V ‚ô¶ Adv. de quantit√© Vx ou litt√©r. FORCE (qqch.) :beaucoup de. ¬ę J'ai d√©vor√© force moutons ¬Ľ (La Fontaine). ¬ę Nous nous s√©par√Ęmes √† la porte avec force poign√©es de main ¬Ľ (A. Daudet).
‚ôĘ Loc. adv. Vx √Ä FORCE. ‚áí beaucoup, extr√™mement. ¬ę Ne vois-tu pas le sang, lequel d√©goutte √† force ¬Ľ (Ronsard).
‚ôĘ Loc. pr√©p. Mod. √Ä FORCE DE : par beaucoup de, gr√Ęce √† beaucoup de. √Ä force de patience, il finira par r√©ussir. ‚áí avec. ¬ę √Ä force de plaisir notre bonheur s'ab√ģme ¬Ľ (Cocteau). ‚ÄĒ Suivi d'un v., exprime la r√©p√©tition, l'intensit√© ¬ę Quels cheveux sans couleur, √† force d'√™tre blonds ! ¬Ľ (Stendhal). ¬ę √Ä force de penser √† Marthe, j'y pensai de moins en moins ¬Ľ (Radiguet). ‚ÄĒ Ellipt Loc. adv. Fam. √Ä FORCE : √† la longue. √Ä force, il a fini par y arriver.
⊗ CONTR. Affaiblissement, asthénie, débilité , faiblesse, fatigue. Apathie, inertie, mollesse. Impuissance. Inefficacité . Douceur, persuasion. ⊗ HOM. Forces.

‚óŹ force nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) Vigueur physique d'un √™tre anim√©, de son corps ; capacit√© qu'il a de fournir un effort physique ; √©nergie : Elle n'a pas la force de d√©placer l'armoire. Moyens violents, contrainte exerc√©s pour obtenir un r√©sultat : Avoir recours √† la force. √Čnergie morale, capacit√© de r√©sister aux √©preuves, d'imposer son point de vue, sa volont√© : Avoir une grande force de caract√®re. Savoir, habilet√©, ensemble des connaissances dans un domaine : Deux √©l√®ves de m√™me force en math√©matiques. Poids, assurance, vigueur, ensemble des caract√®res de quelque chose qui fait qu'il s'impose √† l'esprit : La force d'un argument. Intensit√© de l'action d'un agent ou d'un ph√©nom√®ne physique, son degr√© de puissance ou de violence : La force du vent. Gradation dans l'intensit√© d'un agent physique (par exemple le vent, un s√©isme) ou dans la difficult√©, la complexit√© d'une action intellectuelle, manuelle, etc. : Vent force 3. Mots crois√©s de force moyenne. Pouvoir, puissance, ascendant, sup√©riorit√© de quelqu'un, d'un groupe : La force d'un parti politique, d'un secteur √©conomique. Puissance en effectifs, en mat√©riel, etc., d'un groupe, d'un pays : La force navale d'un pays. Toute chose qui, par son influence, sa puissance, est capable d'agir sur les autres choses, de s'imposer : L'√©quilibre des forces dans une situation √©conomique. Litt√©raire. Toute-puissance : Les forces du destin. Boulangerie Aptitude d'une farine √† l'hydratation et √† donner une p√Ęte conservant un bon comportement m√©canique depuis la fermentation jusqu'√† la cuisson. Industrie du papier Synonyme impropre de grammage. Physique Concept traduisant quantitativement les interactions entre objets et permettant d'expliquer leurs d√©formations ou les modifications de leurs mouvements. ‚óŹ force (citations) nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) √Čmile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le V√©sinet 1951 Nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui. Propos sur le bonheur Gallimard Honor√© de Balzac Tours 1799-Paris 1850 [‚Ķ] Comme tous les √™tres r√©ellement forts, il avait l'humeur √©gale. Les Paysans Jean-Fran√ßois Casimir Delavigne Le Havre 1793-Lyon 1843 Acad√©mie fran√ßaise, 1825 Tant qu'on est redoutable on n'est point innocent. Les V√™pres siciliennes Victor Hugo Besan√ßon 1802-Paris 1885 Si vous avez la force, il nous reste le droit. Cromwell, IV, 8, le docteur Jenkins Victor Hugo Besan√ßon 1802-Paris 1885 [‚Ķ] Je suis une force qui va ! Hernani, III, 4, Hernani Jean Jaur√®s Castres 1859-Paris 1914 Donner la libert√© au monde par la force est une √©trange entreprise pleine de chances mauvaises. L'Arm√©e nouvelle Rouff Jean de La Fontaine Ch√Ęteau-Thierry 1621-Paris 1695 Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage. Fables, le Lion et le Rat Fran√ßois, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. Maximes Commentaire L'antith√®se est chez Alain dans Propos sur le bonheur. Paul L√©autaud Paris 1872-Robinson 1956 C'est une force que n'admirer rien. Journal litt√©raire Mercure de France Napol√©on Ier, empereur des Fran√ßais Ajaccio 1769-Sainte-H√©l√®ne 1821 Rien de plus imp√©rieux que la faiblesse qui se sent √©tay√©e de la force ; voyez les femmes. Cit√© par Las Cases dans le M√©morial de Sainte-H√©l√®ne Napol√©on Ier, empereur des Fran√ßais Ajaccio 1769-Sainte-H√©l√®ne 1821 Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du renard. Cit√© par Talleyrand dans M√©moires, I G√©rard Labrunie, dit G√©rard de Nerval Paris 1808-Paris 1855 Dans le caract√®re de notre nation, il y a toujours une tendance √† exercer la force, quand on la poss√®de, ou les pr√©tentions du pouvoir, quand on le tient en main. Les Filles du feu, Ang√©lique Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est n√©cessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des m√©chants ; la force sans la justice est accus√©e. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. Pens√©es, 298 Commentaire Chaque citation des Pens√©es porte en r√©f√©rence un num√©ro. Celui-ci est le num√©ro que porte dans l'√©dition Brunschvicg ‚ÄĒ laquelle demeure aujourd'hui la plus g√©n√©ralement r√©pandue ‚ÄĒ le fragment d'o√Ļ la citation est tir√©e. Jean Paulhan N√ģmes 1884-Neuilly-sur-Seine 1968 Acad√©mie fran√ßaise, 1963 La force a les droits de la force. Elle se d√©grade et s'humilie ‚ÄĒ et nous humilie tous ‚ÄĒ d√®s qu'elle ment, et couvre d'un manteau l√©gal ses assassinats. Lettre aux directeurs de la R√©sistance √Čditions de Minuit Ernest Renan Tr√©guier 1823-Paris 1892 La v√©rit√© sera un jour la force. ¬ę Savoir, c'est pouvoir ¬Ľ est le plus beau mot qu'on ait dit. Dialogues et fragments philosophiques, III, R√™ves L√©vy Jean-Fran√ßois Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 Ce qui fait croire √† la force l'augmente. M√©moires Henri Beyle, dit Stendhal Grenoble 1783-Paris 1842 J'aime la force, et de la force que j'aime, une fourmi peut en montrer autant qu'un √©l√©phant. Rome, Naples et Florence Paul Val√©ry S√®te 1871-Paris 1945 Ceux qui redoutent la Blague n'ont pas grande confiance dans leur force. Ce sont des Hercules qui craignent les chatouilles. Autres Rhumbs Gallimard Paul Val√©ry S√®te 1871-Paris 1945 La faiblesse de la force est de ne croire qu'√† la force. Mauvaises Pens√©es et autres Gallimard Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. La force sans l'intelligence s'effondre sous sa propre masse. Vis consilii expers mole ruit sua. Odes, III, IV, 65 Hom√®re IXe s. avant J.-C. C'est l'id√©e qui fait le bon b√Ľcheron, ce n'est pas la force. L'Iliade, XXIII, 315 (traduction P. Mazon) Isocrate Ath√®nes 436-Ath√®nes 338 avant J.-C. Un esprit solide dans un corps humain, c'est la plus grande force dans la plus grande faiblesse. √Ä D√©monicos, 40 (traduction Mathieu et Br√©mond) Plutarque Ch√©ron√©e, en B√©otie, vers 50 apr√®s J.-C.-Ch√©ron√©e, en B√©otie, vers 125 La patience a beaucoup plus de pouvoir que la force. Vies parall√®les, Vie de Sertorius, XVI (traduction D. Ricard) X√©nophane n√© √† Colophon, en Ionie, VIe-Ve s. avant J.-C. Il n'est pas juste de mettre la force au-dessus de la saine sagesse. √Čl√©gies, II, 13-14 (traduction E. Bergougnan) Bible Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voil√† ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voil√† ce que Dieu a choisi pour confondre la force. Saint Paul, √Čp√ģtre aux Corinthiens, Ire, I, 27 Bible C'est un devoir pour nous, les forts, de porter les faiblesses de ceux qui n'ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous pla√ģt. Saint Paul, √Čp√ģtre aux Romains, XV, 1 Otto, prince von Bismarck ou, plus pr√©cis√©ment, von Bismarck-Sch√∂nhausen Sch√∂nhausen 1815-Friedrichsruh 1898 La force prime le droit. Macht geht vor Recht. Commentaire Bismarck s'est toujours d√©fendu d'√™tre l'auteur de cette maxime. Le comte Schwerin, qui la lui avait reproch√©e au cours de la s√©ance de la chambre prussienne du 13 mars 1863, d√©clara ensuite qu'il n'√©tait pas certain de l'avoir entendue. Guido Piovene Vicence 1907-Londres 1974 La force morale consiste √† transformer en vertu le vice qui lui correspond. La forza morale consiste nel trasformare in virt√Ļ il vizio che le corrisponde. La Gazzetta nera ‚óŹ force (difficult√©s) nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) Orthographe Au singulier : par force, √† force, √† toute force, en force. Emploi Force (+ substantif) = beaucoup de (emploi adverbial). Boire force vin. ¬ę Nous passions [...] la plupart de nos soir√©es √† r√©diger force lettres ¬Ľ(G. Duhamel). Dans cet emploi, litt√©raire et un peu archa√Įque, force reste invariable. ‚óŹ force (expressions) nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) √Ä force, √† la longue, par des efforts r√©p√©t√©s. √Ä force de, par le fait r√©p√©t√© ou intensif de : √Ä force de chercher, il finira bien par trouver. √Ä la force du poignet, du bras, en utilisant toute la puissance physique du bras. Arriver √† la force du poignet, sans aide ext√©rieure, gr√Ęce √† de grands efforts personnels. √Ä toute force, malgr√© toutes les r√©sistances, √† tout prix. Avec force + nom, beaucoup : Avec force exemples. Avoir, faire force de loi, √™tre impos√©, appliqu√©, respect√© √† l'√©gal d'une loi, en parlant d'une mesure. Cas de force majeure, n√©cessit√© contraignante, √©v√©nement auquel on doit se soumettre. Coup de force, action violente contraire au droit, √† la justice. Dans la force de l'√Ęge, au moment du plein √©panouissement physique. Dans toute la force du terme, en prenant le terme dans son sens plein. De force, en mettant en jeu la force physique, ou la contrainte pour surmonter une r√©sistance : √Čpreuve de force ; qui exige une force physique, psychologique ou une habilet√© exceptionnelle : Travail de force. De vive force, avec violence. En force, en utilisant au maximum sa puissance physique : Travailler en force ; en groupe nombreux et puissant : Arriver en force. √ätre de force √†, √™tre capable de r√©ussir une action. √ätre de premi√®re force, avoir de grandes capacit√©s, √™tre parmi les meilleurs dans un domaine. Faire la force de quelqu'un, constituer sa sup√©riorit√©. Force de l'habitude, pouvoir contraignant de l'habitude. Force de la nature, personne d'une puissance, d'une r√©sistance peu communes. Force est rest√©e √† la loi, la loi a fini par triompher, l'autorit√© charg√©e d'appliquer la loi a eu le dessus. Litt√©raire. Force m'est de, je suis contraint de. La force des choses, une sorte de n√©cessit√© qui r√©sulte de faits ind√©pendants de la volont√© ; fatalit√©. Lignes de force d'une Ňďuvre, d'un r√©cit, etc., les id√©es principales. Par force, par n√©cessit√©, faute de pouvoir faire autrement ; obligatoirement. Force des acides, pour un acide HA, dissoci√© en solution suivant HA ‚ᥠH+ + A‚ąí, grandeur proportionnelle √† , les crochets indiquant les concentrations. Force d'un √©lectrolyte, mesure de son √©nergie de dissociation. (Les √©lectrolytes forts [sels m√©talliques, acides halog√©n√©s] sont presque enti√®rement dissoci√©s en solution ; les √©lectrolytes faibles [acides et bases organiques] sont peu dissoci√©s.) Force de dissuasion ou force de frappe, force militaire rassemblant, aux ordres directs de la plus haute instance politique d'un √Čtat, l'ensemble de ses armements nucl√©aires strat√©giques. (Appel√©e, en France, force nucl√©aire strat√©gique, elle comprend depuis 1972 la force oc√©anique strat√©gique [F.O.S.T.] et les forces a√©riennes strat√©giques [F.A.S.].) Force de projection, force interarm√©es destin√©e √† remplir une mission d'action ext√©rieure. (Cas de) force majeure, √©v√©nement d'origine externe, impr√©visible, et qui met le d√©biteur dans l'impossibilit√© absolue d'ex√©cuter (le cas de force majeure lib√®re le d√©biteur et l'exon√®re de toute responsabilit√©) ; fait inattendu qui, aux termes d'une charte-partie, d√©gage le transporteur de sa responsabilit√©, s'il √©tait impr√©visible et insurmontable Force publique, ensemble des formations de la police, de la gendarmerie et des arm√©es, qui sont √† la disposition du gouvernement pour assurer le respect de la loi et le maintien de l'ordre. Maison de force, prison d'√Čtat o√Ļ √©taient enferm√©s les condamn√©s aux travaux forc√©s et √† la r√©clusion. Force de corps, valeur repr√©sent√©e par l'√©cartement vertical minimal occup√© par un caract√®re ou une ligne de caract√®res plac√©s entre deux autres. Faire force, agir ou forcer sur quelque chose. Faire force de voiles, mettre au vent tout ce qu'on peut de toile. √Ä force, se dit d'un montage ou d'un emmanchement effectu√© √† la masse, √† la presse, etc. Force de travail, pour les marxistes, ensemble des facult√©s physiques et intellectuelles de l'homme, √† l'aide desquelles il produit des choses utiles. (C'est une marchandise qui est la source des valeurs √©changeables, qui donne de la valeur.) Forces productives, pour les marxistes, ensemble des moyens de production (instruments de production, mati√®res premi√®res ainsi que les travailleurs qui les utilisent). Forces sociales, pour les marxistes, classes, fractions de classes, groupes sociaux qui jouent le r√īle principal dans la lutte des classes. Ligne de force, ligne de champ, quand le champ est un champ de forces. Force politique, parti politique, syndicat, association, groupe de pression, mouvement de pens√©e, etc., qui joue ou pr√©tend jouer un r√īle dans la vie politique. Troisi√®me force, dans les pays ou la vie politique est domin√©e par deux grands partis ou deux grandes tendances, toute tentative m√©diane de coalition. Force th√©orique d'une substance explosive, produit (f = n RT) du nombre n de moles de gaz que fournit l'unit√© de masse d'un explosif par la constante des gaz parfaits R et par la temp√©rature d'explosion. ‚óŹ force (homonymes) nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) force forme conjugu√©e du verbe forcer forcent forme conjugu√©e du verbe forcer forces forme conjugu√©e du verbe forcer forces nom f√©minin pluriel ‚óŹ force (synonymes) nom f√©minin (bas latin fortia, du latin classique fortis, courageux) Vigueur physique d'un √™tre anim√©, de son corps ; capacit√© qu'il...
Synonymes :
- résistance
- vitalité
Contraires :
- asthénie
- débilité
- décrépitude
Moyens violents, contrainte exercés pour obtenir un résultat
Synonymes :
Contraires :
√Čnergie morale, capacit√© de r√©sister aux √©preuves, d'imposer son point...
Synonymes :
- cran (familier)
- fermeté
- volonté
Contraires :
Savoir, habileté, ensemble des connaissances dans un domaine
Synonymes :
- faculté
- possibilité
Poids, assurance, vigueur, ensemble des caractères de quelque chose qui fait...
Synonymes :
Contraires :
Intensité de l'action d'un agent ou d'un phénomène physique, son...
Synonymes :
Pouvoir, puissance, ascendant, supériorité de quelqu'un, d'un groupe
Synonymes :
- suprématie
Contraires :
- infériorité
Droit. (Cas de) force majeure
Synonymes :
Synonymes :
- Industrie du papier. grammage

force
n. f. et adv.
rI./r
d1./d PHYS Cause capable de modifier le mouvement d'un corps ou de provoquer sa déformation. Force d'attraction. Force d'inertie. Force centrifuge, centripète. (V. encycl. ci-après.)
d2./d Fig. Toute cause provoquant un mouvement, un effet. Forces occultes.
rII./r Puissance d'action.
d1./d Puissance physique. Un homme d'une force herculéenne.
|| √™tre dans la force de l'√Ęge, √† l'√Ęge o√Ļ un adulte est en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels.
|| Travailleur de force, qui doit fournir de gros efforts physiques.
‚ÄĒ Tour de force: V. tour 1, sens II, 1.
d2./d Puissance des facult√©s intellectuelles ou morales. Une grande force de travail. Force d'√Ęme. Force de caract√®re.
|| Par ext. Habileté, talent. Ces deux joueurs sont de force égale. être de force, n'être pas de force à: être, n'être pas capable de.
d3./d Pouvoir, intensité d'action d'une chose. Force d'un poison. Vent de force 5.
‚ÄĒ (Abstrait) La force d'un sentiment. Style qui manque de force.
‚ÄĒ Fig. Pouvoir sur l'esprit. La force d'un argument.
|| CHIM Force d'un acide, d'une base, d'un sel, leur aptitude à se dissocier en solution.
d4./d Autorité. La force de la chose jugée. Usage qui fait force de loi, qui a le même pouvoir de contraindre qu'une loi.
d5./d Solidité, résistance. Force d'une digue.
|| TECH Jambes de force: poutres, perches, etc., inclinées servant à soutenir un appareil, une construction.
rIII/r Puissance d'un groupe, d'un état, etc.; ce qui contribue à cette puissance. La force publique.
|| Force de frappe ou de dissuasion: ensemble des moyens (arme nucléaire, notam.) permettant de porter une attaque rapide et puissante contre un adversaire éventuel.
|| (Plur.) Ensemble des troupes d'un état. Forces aériennes, navales, terrestres.
|| La force armée: la troupe, en tant qu'on la requiert pour faire exécuter la loi.
‚ÄĒ En force: en nombre.
rIV./r Contrainte et pouvoir de contraindre.
‚ÄĒ Cas de force majeure: contrainte √† laquelle on ne peut r√©sister, due √† un √©v√©nement ind√©pendant de la volont√©.
|| Force m'est de: je suis obligé de.
|| Loc. à toute force: à tout prix. Vouloir à toute force faire qqch.
|| De gré ou de force: volontairement ou par contrainte.
rV./r adv.
d1./d Vx Beaucoup. Manger force moutons.
d2./d Loc. Pr√©p. √† force de: gr√Ęce √†, √† cause de beaucoup de. Il r√©ussit √† force de travail.
Encycl. Phys. - En mécanique newtonienne (et relativiste), on considère les forces comme des grandeurs vectorielles. Lorsque plusieurs forces ayant un même point d'application (sur un corps) se composent, la force qui en résulte, nommée résultante, est donnée par le calcul vectoriel. Lorsque le point d'application d'une force se déplace, il en résulte un travail. Dans le système international (SI), une force s'exprime en newtons (symbole N).

⇒FORCE, subst. fém.
I.‚ÄĒ [La force comme propri√©t√© des √™tres ou des choses]
A.‚ÄĒ [Comme propri√©t√© des √™tres vivants] √Čnergie, pouvoir d'agir.
1. √Čnergie musculaire qui permet √† un √™tre vivant de r√©agir face √† d'autres √™tres, d'agir sur son environnement. Synon. robustesse, vigueur.
a) Au sing. Avoir, ne pas avoir de force, avoir une force hercul√©enne; √™tre, rester sans force; abuser de sa force. ‚ÄĒ Tu as √©t√© malade, Marguerite? ‚ÄĒ Non, fit-elle, non, je suis pleine de force et de sant√© (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 142). Mais il avait jet√© de vol√©e, avec toute sa force, en cherchant √† toucher et √† faire mal (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 386). Franchir [les rapides] en hissant la barque √† force de bras (H. BAZIN, Vip√®re, 1948, p. 189).
♦ À la force du/des poignet(s). En utilisant principalement les poignets pour fournir un effort physique intense. Il a soulevé le kader à la force du poignet : ça indique du nerf (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 362). D'autres, raccrochés par les mains à des cordages, un instant balancés dans le vide, remontaient maintenant, à la force des poignets (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 134). Au fig. Sans aide, par ses seuls moyens. Rateau, qui réussissait, mais à la force du poignet, dans tout ce qu'il entreprenait (CAMUS, Exil et Roy., 1957, p. 1627).
‚ô¶ √ätre taill√©, √™tre b√Ęti en force. √ätre muscl√©, r√Ębl√©. Elle √©tait taill√©e en force, superbe de corps (FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 534). Tout petit, mais solide, b√Ęti en force (GYP, Souv. pte fille, 1928, p. 215).
♦ Être, n'être pas de force. Avoir, n'avoir pas la force suffisante. Le mousse et moi n'étions pas de force pour hisser le canot au palan (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 174).
‚ô¶ Ne pas sentir sa force. Faire mal sans s'en rendre compte.
‚ô¶ Camisole de force.
♦ Collier de force (lutte). Ceinturage au moyen des jambes. Abattage en douceur et collier de force, opposition de buste et même crocs-en-jambe, il usa de tout (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 334). V. aussi collier.
‚ô¶ Instruments de force, jambe de force. Travail de force, travailleur de force. Tour de force.
‚ÄĒ Loc. adv.
♦ De force. [Le petit comte] tentait d'arracher de force, en même temps, les doigts dont sa compagne se couvrait les yeux (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 57).
♦ En force (exécuter un mouvement, travailler, etc.). En y mettant une grande force physique, p. oppos. à en souplesse.
b) Au plur. Perdre, retrouver, ménager, rassembler, refaire ses forces; reprendre des forces; être à bout de forces; crier, taper de toutes ses forces; ses forces l'abandonnent, le trahissent, reviennent. Nous avons mangé une partie de nos provisions et pris des forces pour l'escalade du pic (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 202). L'ordre clair que la force des trains lance aux forces des hommes (ROMAINS, Vie unan., 1908, p. 60) :
‚ÄĘ 1. Instinctivement, de ses derni√®res forces, il suivait, sentant que quand il ne pourrait plus, ce serait la fin, et le grand frou-frou des vautours chauves.
BENOIT, Atlant., 1919, p. 64.
Rem. Le plur. est habituel dans la loc. être à bout de forces; le sing. est cependant possible : Ta grand'mère qui est à bout de force et de patience (FLAUB., Corresp., 1871, p. 197).
2. Ensemble des ressources physiques, morales ou intellectuelles qui permettent à une personne de s'imposer ou de réagir.
a) Au sing. Force de l'esprit, de caractère. Mais, à demi-morte, épuisée par ses propres désirs, sans force pour résister, elle s'abandonna à Stephen (KARR, Sous tilleuls, 1832, p. 184). La tête carrée, sous laquelle on sent une prodigieuse force nerveuse, la race hardie, jamais malade, conquérante (GONCOURT, Journal, 1865, p. 173) :
‚ÄĘ 2. Mais l'extraordinaire pr√©sence de son esprit lui √©tait si agr√©able, lui donnait une telle impression de force, de ressource, qu'il en venait √† se dire¬†: ¬ę je vais essayer ce syst√®me maintenant.¬†¬Ľ
ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 66.
‚ô¶ Force d'√Ęme. Courage moral¬†:
‚ÄĘ 3. Que voulez-vous! J'ai suc√© le lait de la R√©volution, je n'ai pas l'esprit du baron d'Holbach, mais j'ai sa force d'√Ęme.
BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 401.
‚ô¶ Force de l'√Ęge (√™tre dans). √Ä l'√Ęge o√Ļ l'on a la pl√©nitude de ses moyens.
♦ Être, ne pas être de force. Avoir, n'avoir pas la même compétence, le niveau requis. Je ne suis pas de force, mais c'est égal, j'essayerai de vous battre tout de même (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 154).
‚ÄĒ Force de travail. L'activit√© humaine en tant que facteur de production. [Les achats de services] se d√©composent en forces de travail et mati√®res ou machines (PERROUX, √Čcon. XXe s., 1964, p. 180).
♦ Force-travail. L'intuition profonde que Marx a eue des conditions d'hétéronomie ou d'aliénation faites dans le monde capitaliste à la force-travail (MARITAIN, Human. intégr., 1936, p. 55).
b) Au plur. Toutes mes forces concentrées se portaient sur une pensée, et plus je la remuais dans ma tête, moins j'y pouvais voir nettement (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p. 291). Aujourd'hui, il fait contre nous l'épreuve de ses forces d'amour et de haine (THARAUD, Dingley, 1906, p. 89).
‚ô¶ √ätre au-dessus des forces de (qqn). [D'un acte que l'on n'a pas le courage moral d'accomplir]. ‚ÄĒ Eh bien? fit-il d'une voix √©mue. ‚ÄĒ Eh bien, mon p√®re, je ne puis rien vous promettre, dis-je enfin; ce que vous me demandez est au-dessus de mes forces (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p. 217).
3. Puissance, capacit√© d'action d'un groupe. L'union fait la force; la force d'une nation. Une majorit√© (...) avertie de sa propre force par les chiffres authentiques du scrutin (JAUR√ąS, √Čt. soc., 1901, p. 95).
4. P. méton. Groupe social, classe, institution exerçant une influence dans la vie sociale. Les forces d'opposition. Voir aussi infra I C 2 :
‚ÄĘ 4. Toutes les forces du pass√© se groupent derri√®re elle, et les oppositions officielles, par l√Ęche cŇďur, ne servent qu'√† rehausser sa puissance.
CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 155.
‚ÄĘ 5. ... et, moins confiant que lui dans la dur√©e d'une race qui ne se d√©fendait point, il e√Ľt voulu faire appel aux forces saines de la nation, √† une lev√©e en masse de tous les honn√™tes gens de la France tout enti√®re.
ROLLAND, J.-Chr., Maison, 1909, p. 987.
‚ÄĒ Forces productives. Ensemble des moyens, humains ou non, dont dispose la soci√©t√© pour produire (d'apr. BOUV.-IBARR. 1975)¬†:
‚ÄĘ 6. ... le bon sens de cette paysanne le faisait songer √† l'opulence qu'apporteraient dans un pays tant de bras inoccup√©s et par cons√©quent ruineux, tant de forces qu'on entretient improductives, si on les employait aux grands travaux industriels qu'il faudra des si√®cles pour achever.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Boule de suif, 1880, p. 134.
‚ÄĒ Force de vente. Ensemble des personnes qui dans une entreprise sont charg√©es de la vente (d'apr. CIDA 1973).
B.‚ÄĒ [Comme propri√©t√© des choses]
1. DYNAMIQUE. Ce qui modifie l'état de mouvement ou de repos d'un corps. Parallélogramme de forces; résultante de deux forces; force centrifuge, centripète. Synon. énergie (potentielle ou cinétique).
‚ô¶ Force acquise. √Čnergie qui se maintient une fois l'impulsion donn√©e.
Au fig. Aucun moyen de reculer, toute la colonne n'était plus qu'un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 397) :
‚ÄĘ 7. Mais en le regardant vivre sous ses yeux le commissaire croyait voir un homme qu'on aurait vid√© de toute substance, √©corch√© int√©rieurement. Il allait et venait, buvait, parlait comme un homme ordinaire, mais il n'y avait plus rien √† l'int√©rieur, rien que l'intelligence qui continuait √† fonctionner par la force acquise.
SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 182.
‚ô¶ Force vive. Synon. de √©nergie cin√©tique ou actuelle (ainsi d√©nomm√©e par Leibniz). Ils disent d'abord que le frottement des mar√©es produisant de la chaleur doit d√©truire de la force vive. Ils invoquent donc le principe des forces vives ou de la conservation de l'√©nergie (POINCAR√Č, Valeur sc., 1905, p. 43)¬†:
‚ÄĘ 8. On sait quelle fut la destin√©e changeante de cette id√©e de constance¬†: on peut dire qu'on n'a fait, depuis Descartes, que de changer de ce qui ne change pas¬†: conservation de la quantit√© de mouvement, conservation de la force vive, conservation de la masse et celle de l'√©nergie...
VAL√ČRY, Vari√©t√© IV, 1938, p. 224.
‚ô¶ Force de pesanteur (ou poids). Attraction que la terre exerce sur les corps.
♦ Force d'inertie. Résistance que les corps opposent au mouvement. Au fig. Tout le temps de notre séjour à Plymouth, Napoléon demeura concentré et purement passif, n'opposant que la force d'inertie (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 439) :
‚ÄĘ 9. ... j'entrevoyais d√©j√† ces difficult√©s √©lastiques o√Ļ se heurtent les plus rudes volont√©s et o√Ļ elles s'√©moussent; je craignais cette force d'inertie qui d√©pouille aujourd'hui la vie sociale des d√©nouements que recherchent les √Ęmes passionn√©es.
BALZAC, Lys, 1836, p. 46.
‚ÄĒ √ČLECTR. Force √©lectromotrice (f.e.m.), v. √©lectromoteur. Sp√©c. Courant triphas√©. Avoir, mettre la force dans une maison.
‚ÄĒ MAGN√ČTISME. Champ, flux, ligne de force.
‚ÄĒ P. m√©ton. Capacit√© de r√©sistance √† une traction, une pression. La force d'un c√Ęble, d'un mur.
♦ Au fig. Force de résistance :
‚ÄĘ 10. Les liens qui r√©sultent de la cohabitation n'ont pas dans le cŇďur de l'homme une source aussi profonde que ceux qui viennent de la consanguinit√©. Aussi ont-ils une bien moindre force de r√©sistance.
DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 162.
2. √Čnergie qui est dans quelque chose.
‚ÄĒ [En parlant d'une chose concr.] La force de l'eau, du courant. La force du vent, les accidents de terrain avaient emp√™ch√© Michel d'entendre (R. BAZIN, Bl√©, 1907, p. 19)¬†:
‚ÄĘ 11. Alors, suivant la force du souffle on se rapproche plus ou moins du bord droit, si l'on s√®me √† gauche, et du gauche, si l'on s√®me √† droite, afin de limiter cette course, ce vol insolite du grain...
PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 3.
Vent de force n.
‚ÄĒ P. anal.¬†:
‚ÄĘ 12. L'or est une force¬†: il repr√©sente toutes les facult√©s de l'homme, puisqu'il lui ouvre toutes les voies, puisqu'il lui donne droit √† toutes les jouissances...
SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 142.
3. Cause qui agit dans. Synon. agent.
a) Ce qui meut, anime la nature, l'univers. Il est vrai que la plupart de ces sages se perdirent dans de vaines recherches sur les causes premi√®res, sur les forces actives de la nature (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 10). Il y a dans la nature ou une grande force cach√©e, ou un nombre de forces inconnues qui suivent des lois inaccessibles aux d√©monstrations des sciences humaines (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 2). Sur le plan cosmique (...) [le] d√©cha√ģnement de certaines forces aveugles, qui actionnent ce qu'elles doivent actionner et broient et br√Ľlent au passage ce qu'elles doivent broyer et br√Ľler (ARTAUD, Th√©√Ętre et double, 1938, p. 138)¬†:
‚ÄĘ 13. L√† o√Ļ les hommes de nos jours ne voient que des choses inertes, les Anciens reconnaissaient des √©nergies vivantes, et ce sont ces puissances cach√©es qu'ils ont appel√©es les dieux. La force active et vivifiante qui se r√©v√®le au printemps parmi les √©clairs de l'orage, qui bouillonne dans la s√®ve de la vigne et s'√©panouit √† l'automne en grappes dor√©es, nous la nommons Dionysos...
M√ČNARD, R√™v. pa√Įen, 1876, p. 72.
‚ÄĘ 14. Pouvez-vous arr√™ter le vent, pouvez-vous entraver les forces de la nature? Non. Les sens aussi sont des forces de la nature, invincibles comme la mer et le vent. Ils soul√®vent et entra√ģnent l'homme et le jettent √† la volupt√© sans qu'il puisse r√©sister √† la v√©h√©mence de son d√©sir.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Enf., 1883, p. 395.
b) Ce qui est à l'origine des phénomènes biologiques. Ces médecins admettent généralement l'intervention de forces spéciales pour la production des maladies; ils croient à ce qu'ils appellent des entités, des êtres morbides, à des entités thérapeutiques (C. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 191).
♦ Force vitale, organique :
‚ÄĘ 15. ... √† l'imitation de Newton, les g√©om√®tres, les physiciens, les chimistes employaient tous, sous diverses formes, l'id√©e de force ou d'action √† distance; les physiologistes proclamaient la n√©cessit√© d'admettre des forces vitales et organiques pour l'explication des ph√©nom√®nes que pr√©sentent les √™tres organis√©s et vivants...
COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 198.
‚ÄĘ 16. La perfection des √™tres, leurs propri√©t√©s, leur g√©n√©ration exigent un principe inconnu, un X plac√© hors de toute connaissance (...). √Ä la fin du XVIIIe si√®cle (...) il deviendra la ¬ę force vitale¬†¬Ľ. Ce n'est plus alors un pouvoir central, un pouvoir qui, install√© au cŇďur de l'organisme, en r√©git les activit√©s; c'est une qualit√© particuli√®re de la mati√®re constituant les √™tres vivants, un principe qui se r√©pand dans tout le corps, se loge dans chaque organe, chaque muscle, chaque nerf pour leur conf√©rer ses propri√©t√©s.
F. JACOB, La Logique du vivant, Paris, Gallimard, 1970, pp. 48-49.
‚ÄĒ Capacit√© de, aptitude √†. La force de reproduction des organes d√©truits, dans les esp√®ces inf√©rieures o√Ļ une telle reproduction s'observe, s'affaiblit et s'√©puise par son action (COURNOT, Fond. connaiss., 1851 p. 201).
c) Ce qui est √† l'origine du comportement instinctif de l'√™tre vivant, du comportement inconscient de la personne, par opposition √† la conscience, la volont√©, la raison, etc. Ces premiers jours de printemps fi√©vreux, o√Ļ les forces d'amour gonflent l'√™tre et le baignent, comme un ruisseau cach√© qui bruit sous le sol, l'enveloppent, l'inondent (ROLLAND, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 873)¬†:
‚ÄĘ 17. La raison d√©cisive d'un acte ne nous para√ģt donc jamais r√©sider en aucune des tendances partielles qui ont contribu√© √† le rendre possible; elle est, √† nos yeux, dans ce pouvoir qu'aucune des d√©terminations particuli√®res ne saurait √©puiser, et qui, absorbant toutes les raisons de d√©tail, semble naturellement capable de dominer l'ensemble des forces d√©finies, √©nergies physiques, app√©tits, tendances, motifs, d√©terminisme de la nature et de l'esprit.
BLONDEL, Action, 1893, p. 119.
‚ÄĘ 18. La v√©rit√©, c'√©tait aussi qu'un instinct sourd et puissant l'avait pouss√©e et qu'elle avait ob√©i aux forces obscures de son √™tre. Mais cela n'√©tait point d'elle; ce qui √©tait d'elle et de sa conscience, c'est d'avoir cru, consenti, voulu un sentiment vrai.
FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 27.
‚ÄĘ 19. Enfin je suis d√©tach√©. Je ne sais quoi, je ne sais qui m'a d√©tach√©, Isa, des amarres sont rompues; je d√©rive. Quelle force m'entra√ģne? Une force aveugle? Un amour? Peut-√™tre un amour...
MAURIAC, NŇďud vip., 1932, p. 166.
‚ÄĒ Force vive. L'instinct est une force vive, mais de courte port√©e et de f√©condit√© √©troite (MOUNIER, Trait√© caract., 1946, p. 134).
♦ [En parlant d'un groupe hum.] Quand des races s'atrophient, l'humanité a des réserves de forces vives pour suppléer à ces défaillances (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 74).
d) Idées-forces. Idées, convictions largement répandues dans l'opinion publique et qui déterminent son comportement :
‚ÄĘ 20. Il faudra que nous ayons une politique de Syrie, que nous donnions aux gens de Syrie des id√©es qui leur plaisent, des id√©es-forces qui entrent par leur propre vertu dans les esprits.
BARR√ąS, Cahiers, t. 11, 1914-17, p. 76.
♦ Images-forces. Il y a des images-forces, comme il y a des idées-forces. Nous réalisons par la pensée l'acte dont la ligne est le témoignage inscrit; nous l'ébauchons en puissance dans nos propres muscles (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 167).
e) [Désignant une pers. considérée comme un agent inanimé] Je suis une force qui va! Agent aveugle et sourd de mystères funèbres! (HUGO, Hernani, 1830, III, 4, p. 1227). Je ne suis qu'une force, aussi petite que l'on voudra, qui voudrait se dresser contre la coalition des mauvaises forces (GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, pp. 9-10).
♦ Être une force de la nature. Être très fort. Il se sentait seul au monde, seul et fort. Il était une force de la nature (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 86).
4. [En parlant d'une chose abstr.] Caractère nécessaire, contraignant. La force de l'habitude. Waldemar cessa de lutter contre la force de l'évidence et, rallumant la bougie, il approcha avec force la lumière du visage blanc pur de Dorothée (JOUVE, Scène capit., 1935, p. 123).
♦ La force des choses. Ainsi contraint par la force des choses à ne pas être aussi radical dans sa politique pratique qu'il en aurait l'intention (GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1850, p. 110) :
‚ÄĘ 21. Il en sera de nous et de la France ce qu'il plaira √† la providence, c'est-√†-dire ce qui est d√©termin√© par l'invincible force des choses, par cet encha√ģnement universel sur lequel l'homme, avec toute sa force et sa sagesse, n'a aucun empire...
MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 148.
‚ô¶ (Cas de) force majeure. √Čv√©nement impr√©visible et insurmontable ayant une cause ext√©rieure et rendant impossible l'ex√©cution de l'obligation (d'apr. BARR. 1974).
♦ (Avoir) force de loi, force légale. Avoir un caractère impératif comparable à celui d'une loi. Les synagogues (...) votaient des résolutions ayant force de loi pour la communauté (RENAN, Vie Jésus, 1863, p. 142).
♦ (Avoir) force de chose jugée. Il [l'Auditeur papal] casse ou réforme les jugements qui ont force de chose jugée (STENDHAL, Rome, Naples et Flor., t. 2, 1817, p. 365).
5. Loc. (exprimant l'idée de nécessité)
‚ÄĒ Par force (loc. adv.). En y √©tant contraint. Synon. par n√©cessit√©. Et, comme on ne me laisse boire ici que de la tisane, j'√©conomise par force (JOUY, Hermite, t. 4, 1813, p. 309). Un navire est un lieu honn√™te par force, √† la mani√®re des petites villes (MILLE, Barnavaux, 1908, p. 266).
‚ÄĒ √Ä toute force (loc. adv.). D'une mani√®re imp√©rative. Synon. absolument. Il fallait en sortir √† tout prix, et je n'avais pas de d√©no√Ľment. Je r√©solus d'en trouver un √† toute force (JANIN, √āne mort, 1829, p. 78).
‚ÄĒ Force est (√©tait) de (loc. verb. impers.). Il est (√©tait) n√©cessaire de. Il fallut bien se soumettre, car ce roi les e√Ľt envoy√©s en prison. Force √©tait d'ob√©ir avec docilit√© (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 352). Force nous avait √©t√© de la former, cette junte; elle parlait aux Espagnols au nom de leur roi; elle amenait les g√©n√©raux des Cort√®s √† traiter avec une autorit√© de la patrie (CHATEAUBR., M√©m., t. 3, 1848, p. 197).
‚ô¶ Il est force de (rare). Ces pr√©dications gasconnes sont utiles dans l'ordre civilis√©, o√Ļ il est force d'abuser le peuple sur son malheureux sort (FOURIER, Nouv. monde industr., 1830, p. 24).
C.‚ÄĒ Contrainte ou pouvoir de contrainte. Synon. coercition, violence.
1. Toujours au sing. [Sans déterm. ou avec l'art. de la généralité] La force prime le droit; préférer la ruse à la force. Il pouvait prêter force à la justice, s'il le fallait, mais jamais se venger par sa seule puissance (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 280). Les privilèges de naissance et de dignité, créations illégitimes de l'ignorance et de la force brutale (PROUDHON, Propriété, 1840, p. 184). L'abus de la force sous le manteau de la justice (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 48).
♦ Coup de force. Intervention militaire ou de police. Synon. raid, descente. Certaines [filles] restaient paralysées sur la porte des cafés, dans le coup de force qui balayait l'avenue (ZOLA, Nana, 1880, p. 1315). Réaliser un coup de vive force contre nos positions avancées (cf. JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 213) :
‚ÄĘ 22. Quelques jours apr√®s le 1er mai, Rosenthal, qui tremblait de col√®re en pensant aux quatre mille cinq cents arrestations pr√©ventives que le pr√©fet de police avait organis√©es cette ann√©e-l√†, √©crivit un pneu √† Simon pour le prier de venir le voir, comme s'il avait √©t√© press√© de riposter aux coups de force de la police.
NIZAN, Conspir., 1938, p. 87.
Mesure de violence, en violation du droit ou de la loi. [Le peuple] attendrait en vain, pour un coup de force et de dictature de classe, l'occasion d'une r√©volution bourgeoise (JAUR√ąS, √Čt. soc., 1901, p. XXXI).
‚ô¶ √Čpreuve de force. Conflit dans lequel chacun des adversaires ou l'un d'eux veut triompher de l'autre. En septembre 1938, raconte Marat, la CGT donna l'ordre d'une gr√®ve g√©n√©rale de 24 heures que les patrons et le gouvernement d√©cid√®rent de briser¬†: ce fut une √©preuve de force (VAILLAND, Dr√īle de jeu, 1945, p. 173).
‚ô¶ Maison de force.
2. P. m√©ton., souvent au plur. Ensemble des moyens humains et techniques permettant d'exercer la coercition. Les forces arm√©es; les forces de police, de l'ordre; la force d'intervention coloniale. La Convention, pour accro√ģtre ses forces, donna des armes √† quinze cents individus dits les patriotes de 89 (LAS CASES, M√©mor. Ste-H√©l√®ne, t. 1, 1823, p. 338). Les Anglais rassembl√®rent toutes leurs forces de mer (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 104).
♦ Force de défense :
‚ÄĘ 23. Et puis la foule qui a le sentiment tr√®s juste qu'il faut pr√©server nos forces de d√©fense, pr√™te √† suivre qui lui montrera que le meilleur moyen de fortifier l'arm√©e c'est d'en faire l'arm√©e de la nation, non d'une caste en d√©cadence au service de l'√©glise romaine...
CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 231.
♦ Force publique. Ensemble des forces chargées de maintenir l'ordre public (cf. BARR. 1974).
‚ô¶ Force de frappe ou, plus rarement, force de dissuasion. Force offensive mettant en Ňďuvre l'arme atomique¬†:
‚ÄĘ 24. Il faut que nous sachions nous pourvoir, au cours des prochaines ann√©es, de ce qu'on est convenu d'appeler une ¬ę force [it. ds le texte] de frappe¬†¬Ľ susceptible de se d√©ployer √† tout moment et n'importe o√Ļ. Il va de soi qu'√† la base de cette force sera un armement atomique.
DE GAULLE, 3 nov. 1959 ds GILB. 1971.
♦ F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur).
3. Loc. adv.
‚ÄĒ Par force. En ayant recours √† la force; en se soumettant √† la force. Nous nous disions que le gouvernement ne reposait que dans une poign√©e de gens, qu'il ne durait que par force, qu'il √©tait en horreur √† la nation (LAS CASES, M√©mor. Ste-H√©l√®ne, t. 1, 1823, p. 449). Tout son argent s'en allait pour elle. Et quand il n'en avait plus, il tentait de la garder par force (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 172).
‚ÄĒ De (vive) force. En ayant recours √† la force. Il fallait enlever la barricade, entrer de vive force (ABOUT, Roi mont., 1857, p. 266).
♦ De gré ou de force. Volontairement ou non. Tu entends bien, je n'ai plus le sou, et, de gré ou de force, par contrainte ou par amour, il faut que mon frère ouvre sa bourse! (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 95).
‚ÄĒ En force. En nombre, de mani√®re √† dominer. Je con√ßois que tous les honn√™tes gens, que tous les intrigans de la R√©publique, pourront bien se r√©unir en force, dans les assembl√©es primaires, abandonn√©es par la majorit√© de la nation (ROBESP., Discours, Guerre, t. 8, 1792, p. 189). ‚ÄĒ Vive le roi! cri√®rent les convives, parmi lesquels les minist√©riels √©taient en force (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 677). Avec des moyens militaires suffisants, sinon sup√©rieurs. L'ennemi n'√©tait pas encore en force pour commencer le si√®ge; il nous tenait seulement √©troitement bloqu√©s (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 107). Au fig. Le tumulte des pulsions syst√©matise un retour en force de l'instinct que d'autres √©v√©nements manifestent (MOUNIER, Trait√© caract., 1946, p. 11). Synon. de de force, par force. Il ne nous reste plus √† envisager que l'intervention en force (VAILLAND, Dr√īle de jeu, 1945, p. 232).
‚ÄĒ √Ä force ouverte (vx). Des circonstances telles que le chef du pouvoir ex√©cutif ne puisse pas soutenir, √† force ouverte, ses volont√©s arbitraires (SIEY√ąS, Tiers √©tat, 1789, p. 63). Les adeptes de J.-J. Rousseau, tranchans comme leur ma√ģtre, attaqu√®rent √† force ouverte les principes de l'ordre social (BONALD, L√©gisl. primit., t. 1, 1802, p. 92).
II.‚ÄĒ [La force comme degr√© d'intensit√© de qqc., ou exprimant une grandeur, une quantit√©]
A.‚ÄĒ Intensit√©.
1. [En parlant d'un acte accompli par un être vivant] La force d'un coup, d'une ruade.
‚ÄĒ Avec force. Frapper avec force sur l'√©paule de qqn. Il aspire et respire avec force, le souffle raclant entre les m√Ęchoires rapproch√©es (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 43).
2. [En parlant d'un comportement hum., d'un sentiment] La force de son penchant, de ses sentiments. La malade n'avait pas encore consenti √† en prendre [d'un m√©dicament], mais sa r√©sistance diminuait de force √† chaque fois (H√ČMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 204).
‚ÄĒ [En parlant d'un acte de pens√©e, de cr√©ation esth√©tique] La force d'un raisonnement, la force du style.
♦ Dans toute la force du terme, du mot. Au sens non affaibli du mot. Il était, dans toute la force du terme, ce qu'en vénerie on appelle un chien sage (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 570). [Rembrandt] un génie romantique dans toute la force du mot, un alchimiste de la couleur, un magicien de la lumière (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 55).
‚ÄĒ Avec force. Mon soup√ßon revint avec force (JOUVE, Sc√®ne capit., 1935, p. 214)¬†:
‚ÄĘ 25. L'orateur d√©veloppait ce th√®me avec force, sans acrimonie, avec un ascendant de parole qui ne s'√©tait jamais manifest√© plus victorieusement.
VOG√ú√Č, Mort, 1899, p. 367.
3. [En parlant d'un rayonnement, d'une vibration, etc.] La force du soleil, de la lumière. Le gaz (...) éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur (BAUDEL., Poèmes prose, 1867, p. 121). Titien lui-même n'a pas cette force profonde de couleur et cette intensité de lumière [qu'a Rembrandt] (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 58).
B.‚ÄĒ [Exprime une grandeur, une quantit√©]
♦ Force d'un cuir, d'une peausserie. ,,Son épaisseur, mesurée en mm ou en fractions de mm`` (RAMA 1973).
♦ Force d'une toile, d'un carton, d'un papier. ,,La quantité de matière qui y est incluse, mesurée généralement en grammes par mètre carré`` (RAMA 1973).
♦ Force de corps (typogr.). Hauteur d'un caractère indiquée en points typographiques.
♦ Force d'un acide, d'un vin. Degré de concentration d'une solution, d'un mélange (indiqué en degrés alcooliques pour le vin et le vinaigre).
C.‚ÄĒ Loc. (exprimant l'id√©e de quantit√© ou d'intensit√©).
1. À force de (loc. prép.), à force (loc. adv.).
a) À force de. À cause de la quantité, de l'intensité de.
‚ÄĒ √Ä force de + subst. [Julien] arriva s√©duit, admirant, et presque timide √† force d'√©motion (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 282). Cet air lourd et parfum√©, √† force de jonquilles et de roses dont l'appartement √©tait plein (BOURGES, Cr√©pusc. dieux, 1844, p. 218). Dans un paysage lunaire √† force de d√©vastation (BENOIT, Atlant., 1919, p. 106). La femme e√Ľt voulu l'arr√™ter √† force de tendresse (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 510). J'en sortis enfin, √† force d'insistance (AMBRI√ąRE, Gdes vac., 1946, p. 353).
‚ÄĒ √Ä force de + inf. Synon. tant, tellement (+ prop.) Ma langue saigne √† force de r√©p√©ter depuis six ans ce mot effroyable¬†: merci (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 4, p. 516).
b) √Ä force. Synon. de √† la longue. De plus, en mena√ßant toujours sans frapper jamais, √† force, on aura fait le jeu de l'Allemagne (JAUR√ąS, Gu√™pier marocain, 1914, p. 95).
2. Force + subst. au plur., vieilli, adj. ind√©f. Synon. de beaucoup de. Ainsi on ne verrait plus ni Saint-Barthelemy, ni frondes, ni dragonnades, ni r√©volution, ni contre-r√©volutions, qui, apr√®s force coups et grand massacre de gens, tournent toutes au profit de la susdite valetaille (COURIER, Pamphlets pol., Aux √Ęmes d√©v. V√©retz, 1821, p. 89). Ce spectacle a paru satisfaire beaucoup la soci√©t√© de chez Doyen, qui a jet√© force sous aux musiciens et aux bateleurs (DEL√ČCLUZE, Journal, 1827, p. 438). P√®lerinage de sainte Anne; force boutiques autour (MICHELET, Journal, 1831, p. 95). [Il] se vanta d'avoir, apr√®s force d√©marches, fini par d√©couvrir un certain Langlois (FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 122).
‚ÄĒ [Suivi d'un subst. sing. non nombrable] [Ils] sablaient force champagne (B√ČRANGER, Chans., t. 3, 1829, p. 139). Puis force joli papier pour lui √©crire une lettre par quinzaine (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 52). Donne force p√Ęture √† ta grande fournaise (BARBIER, Iambes, 1840, p. 38).
3. Faire force de (vx). Naviguer le plus rapidement possible. Faire force de rames :
‚ÄĘ 26. Nous f√ģmes force de nos mauvaises voiles et de nos plus mauvaises rames et, pendant que nous nous d√©menions, la paisible fr√©gate continuait √† prendre son bain de mer et √† d√©crire mille contours agr√©ables autour de nous, faisant le man√®ge...
VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p. 171.
4. √Ä force. En redoublant d'effort. [Il] fit travailler √† force √† la mettre [une ville] en √©tat de d√©fense (LAS CASES, M√©mor. Ste-H√©l√®ne, t. 1, 1823, p. 354). On fouille √† force √† Pompe√Į, et on publie les nouvelles d√©couvertes dans de magnifiques livraisons (TAINE, Voy. Ital., t. 1, 1866, p. 92). Il ne bougeait plus. Il ne respirait plus. Il √©tait comme de la terre. On entendait seulement ce bruit d'√©toffe que faisait le sang en coulant √† force, de lui (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 105)¬†:
‚ÄĘ 27. C'√©tait une journ√©e o√Ļ il aurait fallu partir plus t√īt, marcher, grimper vite, et, le sommet atteint, redescendre rapidement, gagner √† force sur la menace du gros temps.
PEYR√Č, Matterhorn, 1939, p. 221.
Rentrer à force. Rentrer en pressant, en bourrant.
Prononc. et Orth.¬†:[]. Enq.¬†: //. Homon. forces (cisailles); formes de forcer. Ds Ac. 1694-1932. √Čtymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 ¬ę (d'une personne) √©nergie, vigueur physique¬†¬Ľ ma force e ma baldur (Roland, √©d. J. B√©dier, 2902); b) ca 1135 ¬ę facult√© morale, pouvoir capable de produire tel effet¬†¬Ľ (Couronnement Louis, 146 ds T.-L.); ca 1200 ¬ę √©nergie, courage¬†¬Ľ Force et pooir (CHASTELAIN DE COUCI, Chansons, √©d. A. Lerond, III, 22); ca 1200 ¬ę degr√© d'intensit√© d'un sentiment¬†¬Ľ (G. BRUL√Č, Chansons, √©d. H. P. Dyggve, LVI, 44¬†: force d'Amour); c) 1669-73 ¬ę capacit√© intellectuelle¬†¬Ľ (BOIL., Art po√©t., 1, 166 ds LITTR√Č); d) 1690 vers, tableau d'une grande force (FUR.); 2. a) ca 1100 ¬ę emploi de moyens violents pour contraindre la volont√© des autres¬†¬Ľ par force e par vigur (Roland, 3683); 1176-81 ¬ę violence¬†¬Ľ (CHR. DE TROYES, Chevalier Lyon, √©d. M. Roques, 1214); b) 1176 ¬ę ensemble de personnes arm√©es¬†¬Ľ (ID., Clig√®s, √©d. A. Micha, 3395); c) 1566 ¬ę pouvoir qu'exercent certaines notions abstraites¬†¬Ľ (BODIN, Rep., I, XI ds GDF. Compl.); d) 1690 la force du sang de la parent√© (FUR.); 3. a) ca 1200 ¬ę importance num√©rique, quantit√©¬†¬Ľ (Chevalier cygne, 221 ds T.-L.); mil. XIIIe s. force de + subst. ¬ę beaucoup de¬†¬Ľ (J. DE THUIN, Jules C√©sar, 113, 7, ibid.); b) 1784 impr. force de corps (Encyclop. m√©thod. M√©can. t. 3); 4. a) ca 1208 ¬ę degr√© de puissance, d'intensit√© d'un agent physique¬†¬Ľ a force de rimes [rames] (VILLEHARDOUIN, Conqu√™te Constantinople, √©d. E. Faral, ¬ß 467); b) 1690 ¬ę capacit√© de r√©sistance, de solidit√© d'une chose¬†¬Ľ (FUR.); c) 1690 ¬ę degr√© de rendement, d'efficacit√©¬†¬Ľ (ibid.¬†: la rheubarbe est une racine qui a la force de purger); 5. 1580 ¬ę principe de mouvement et d'action¬†¬Ľ force attractive (MONTAIGNE, Essais, √©d. A. Thibaudet, livre I, chap. 21, p. 133); 1783-88 les forces [de l'univers] (BUFF., Min., t. IX, p. 5 ds Pougens ds LITTR√Č). Du lat. imp. fortia, neutre plur., pris pour subst. f√©m. sing., de l'adj. fortis, v. fort. Fr√©q. abs. litt√©r.¬†:34 566 (force-travail¬†: 4). Fr√©q. rel. litt√©r.¬†:XIXe s.¬†: a) 51 946, b) 41 018; XXe s.¬†: a) 46 578, b) 52 685. Bbg. FLUTRE (L. F.). A. fr. a force faite. Romania. 1956, t. 77, pp. 514-515. ‚ÄĒ GOHIN 1903, p. 354. ‚ÄĒ LAUNAY (M.). Le Vocab. pol. de J.-J. Rousseau. Gen√®ve-Paris, 1977, pp. 107-108. ‚ÄĒ QUEM. DDL t. 11. ‚ÄĒ TILANDER (G.). Die Wissenschaft kann der Papierflut nicht mehr Herr werden. In¬†: [M√©l. Rheinfelder (H.)]. M√ľnich, 1963, pp. 339-344. ‚ÄĒ VILD√Č-LOT (I.). Fr. mod. 1965, t. 33, pp. 309-310.

force [f…Ē Äs] n.¬†f.
√ČTYM. 1080, Chanson de Roland; du bas lat. fortia, plur. neutre substantiv√© de fortis. ‚Üí 1. Fort; forcer.
‚ĚĖ
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
I (La force de qqn).
1 Puissance d'action physique (d'un √™tre, d'un organe, etc.) variant d'un individu √† l'autre (constitution), et chez un m√™me individu (√Ęge, sant√©, effort fourni‚Ķ). || Force physique; la force musculaire, la force nerveuse d'une personne. ‚áí R√©sistance, robustesse, vigueur (‚Üí Cesser, cit.¬†6; aigle, cit.¬†1). || La force du lion. || La force, principal attribut d'Hercule; force hercul√©enne. || Force de colosse, d'athl√®te. || Exercices de force. || Force jointe √† l'agilit√©, √† l'adresse (cit.¬†3). || Avoir de la force (‚áí Fort); ne pas avoir beaucoup de force. || √ätre plein de force et de sant√©. || Avoir de la force dans les jambes, dans les mains (‚áí Poigne). || Ne plus avoir la force de marcher, de parler. ‚ėĎ Ne pas sentir sa force¬†: ne pas se rendre compte de la puissance de sa force.
1 Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
La Fontaine, Fables, II, 11.
2 Réparez promptement votre force abattue.
Racine, Phèdre, I, 3.
3 Je ne me soutiens plus : ma force m'abandonne.
Racine, Phèdre, I, 3.
4 (…) au dessert il n'avait déjà plus la force de tenir son verre (…) Enfin il tomba sous la table dans une ivresse telle, qu'elle doit au moins durer huit jours.
Laclos, les Liaisons dangereuses, Lettre XLVII.
4.1 Rodin √©tait un homme de quarante ans, brun, le sourcil √©pais, l'Ňďil vif, l'air de la force et de la sant√©, mais en m√™me temps du libertinage.
Sade, Justine…, Presses du livre français, p. 103 (1791).
5 Et celui qui joindrait √† la beaut√© supr√™me la force supr√™me, qui, sous la peau d'Antino√ľs, aurait les muscles d'Hercule, que pourrait-il d√©sirer de plus¬†?
Th. Gautier, Mlle de Maupin, V.
6 Sa force, qui √©tait prodigieuse, on le sait, et fort peu diminu√©e par l'√Ęge, gr√Ęce √† sa vie chaste et sobre, commen√ßait pourtant √† fl√©chir.
Hugo, les Misérables, V, III, IV.
7 La dureté de la barbe s'allie à l'idée de force.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, V, p. 70.
‚ô¶ La force de la jeunesse, de l'√Ęge m√Ľr¬†: la force propre aux individus jeunes, etc.
‚ô¶ (Employ√© avec des pr√©positions; ‚Üí aussi, en emploi fig., I., 3. et III., 1. et 3.). || En force¬†: en employant la force physique. || Courir, nager en force (oppos√© √† en souplesse). ‚ÄĒ ‚ėĎ √ätre b√Ęti, taill√© en force¬†: √™tre fort physiquement, r√Ębl√©, muscl√©. ‚ÄĒ (Dans un autre sens, ‚Üí ci-dessous, infra cit.¬†29).
7.1 (…) un bras maigre, à peu près de la grosseur d'un membre d'enfant, et qui leur échappa, et non pas se glissant, s'esquivant, mais en force : d'une seule secousse, sèche, dure, se détendant comme un ressort (…)
Claude Simon, le Vent, p. 176.
‚ô¶ ‚ėĎ De force (√† et l'inf.)¬†: assez fort (pour). || √ätre, ne pas √™tre de force √† soulever ce meuble. ‚ÄĒ Fig. Capable de. || Il n'est pas de force √† lui tenir t√™te. ‚ÄĒ (Sans compl.). || Il n'est pas de force contre lui.
7.2 Il s'est mis à rire, il nous a dit que vous n'étiez pas de force en ce moment contre monseigneur Rochart.
Zola, Son Excellence Eugène Rougon, t. II, p. 16.
‚ô¶ ‚ėĎ De‚Ķ force de‚Ķ || Crier de toute la force de ses poumons (‚Üí √Ä tue-t√™te). ‚ÄĒ Au plur. || Hurler de toutes ses forces. ‚ÄĒ Vx. || ¬ę S'√©tant mis √† nier de toute sa force ¬Ľ (Moli√®re, la Princesse d'√Člide, Interm√®de, 1, 2; jeu de sc√®ne).
‚ô¶ √Ä la force de‚Ķ || Se hisser √† la force des bras, en s'aidant des bras. ‚ÄĒ ‚ėĎ Fig. √Ä la force du poignet¬†: par sa seule √©nergie. || Il a r√©ussi √† la force du poignet.
‚ô¶ Au plur. ‚ėĎ √Ä forces √©gales, √† √©galit√© de forces¬†: en √©tant de la m√™me force. || √ätre √† forces √©gales. || Lutter √† √©galit√© de forces.
‚ô¶ Sing. ou plur. ‚ėĎ √Ä bout de force(s)¬†: √©puis√©.
‚ô¶ Par‚Ķ force. || Se hisser au sommet par la force des bras (‚Üí ci-dessus, √Ä la force de). ‚ÄĒ Au plur. ‚ėĎ Par ses propres, ses seules forces¬†: tout seul, en ne comptant que sur lui-m√™me. || R√©ussir par ses seules forces.
‚ô¶ ‚ėĎ Avec (‚Ķ) force. || Jeter, pousser, tenir un objet avec force. || Avec une force incroyable. || Elle le lan√ßa avec tant de force qu'il se brisa net.
8 (…) Carlotta s'était levée, l'écartant avec une force peu commune chez une femme (…)
Aragon, les Beaux Quartiers, p. 431.
9 De sa main libre elle serrait la rampe avec tant de force que le bois grinçait sous sa paume (…)
J. Green, Adrienne Mesurat, III, VI.
2 (Au plur.). Ensemble, concours d'√©nergies particuli√®res. || Rassembler, ramasser, recueillir ses forces. || M√©nager ses forces. || √Čprouver ses forces. || Mettre ses forces √† l'√©preuve. || User ses forces. || Ce travail est au-dessus de ses forces; passe, surpasse, exc√®de ses forces (‚Üí B√™te, cit.¬†12). || D√©pense, d√©perdition de forces (‚Üí Effort, cit.¬†4). || Perdre ses forces. || Forces qui baissent, d√©clinent, diminuent, fl√©chissent. || Climat qui enl√®ve les forces. ‚áí Affaiblir, d√©primer, √©tioler. || Forces languissantes (‚Üí Attachement, cit.¬†13). || Ses forces l'ont trahi, l'ont abandonn√© (cit.¬†13). || Reprendre des forces. ‚áí CŇďur (‚Üí Adversit√©, cit.¬†3; application, cit.¬†8). || Aliment qui redonne des forces. ‚áí Fortifier, r√©conforter, remonter, soutenir, stimuler; confortant, fortifiant, reconstituant. || Soutenir les forces d'un malade. ‚áí Sustenter. || Le grand air lui rendit des forces. ‚áí Vivifier. || R√©parer, refaire ses forces (‚Üí Fatiguer, cit.¬†2). || Retrouver, recouvrer ses forces. ‚áí Revivre. ‚ÄĒ Forces vitales d'une personne (vieilli), d'un pays. || Les forces vives de la nation.
10 La belle saison ne me rendit pas mes forces, et je passai toute l'année 1758 dans un état de langueur qui me fit croire que je touchais à la fin de ma carrière.
Rousseau, les Confessions, X.
11 Chéri s'assit sur un banc, sans prendre garde que ses forces, mystérieusement délabrées depuis qu'il les dispersait en veilles, depuis qu'il négligeait d'assouplir et d'alimenter son corps, devenaient promptes à le trahir.
Colette, la Fin de Chéri, p. 158.
3 ‚ėĎ Loc. √ätre dans toute sa force, en pleine force, au moment o√Ļ l'organisme a atteint son plein d√©veloppement (‚áí Forme). Dans le m√™me sens. || √ätre dans la force de l'√Ęge (cit.¬†6). ‚áí Fleur. ‚ėĎ Un homme dans la force de l'√Ęge¬†: un adulte, un homme m√Ľr (‚áí Maturit√©, pl√©nitude; s√®ve). || La Force de l'√Ęge, roman de S.¬†de Beauvoir.
12 J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté (…)
A.¬†de Musset, Po√©sies nouvelles, ¬ę Tristesse ¬Ľ (‚Üí Fiert√©, cit.¬†5).
13 Il est dans la force de l'√Ęge. Il se livre √† son humeur violente et sauvage, sans plus se soucier de rien, sans √©gards au monde, aux conventions, aux jugements des autres. Qu'a-t-il √† craindre ou √† m√©nager¬†? Plus d'amour et plus d'ambition. Sa force, voil√† ce qui lui reste, la joie de sa force et le besoin d'en user, presque d'en abuser.
R. Rolland, Vie de Beethoven, p. 37.
‚ô¶ De force¬†: qui exige de la force. ‚ėĎ Tour de force. ‚áí 3. Tour. ‚ÄĒ √Čpreuve de force. || La lutte gr√©co-romaine, √©preuve de force (‚Üí ci-dessous, III., 1.). ‚ÄĒ Travailleur de force¬†: personne dont le m√©tier exige une grande d√©pense de force physique. || Travail de force. || Poignet de force. ‚ÄĒ Mar. || ManŇďuvre de force, qui demande de grands efforts √† l'√©quipage (m√Ętage, embarquement de chaloupes, etc.). Par¬†ext. Mar. || Faire force¬†: exercer ou imposer l'effort maximum. ‚áí Forcer. || Faire force de rames¬†: ramer de toutes ses forces pour aller le plus vite possible. || S'enfuir √† force de rames. ‚Üí √Čloigner, cit.¬†11. || Faire force de voiles¬†: ¬ę porter plus de voilure que ne le permet le temps pour augmenter la vitesse de route ¬Ľ (Gruss).
14 Nous p√Ľmes enfin, en faisant force de voiles, nous frayer un passage √† travers les gla√ßons plus petits jusqu'√† la mer libre.
Baudelaire, Trad. E. Poe, les Aventures d'A. Gordon Pym, XVII.
4 Capacit√© de l'esprit; possibilit√©s intellectuelles et morales. ‚ÄĒ Dans l'ordre intellectuel.
a (Au plur.). || Le travail qu'il fait est au-dessus de ses forces. → Au-dessus de ses facultés.
15 Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces,
Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.
Boileau, l'Art poétique, I.
16 (…) talent rare, et qui passe les forces du commun des hommes (…)
La Bruyère, les Caractères, XV, 26.
b (Au sing.). || Il n'est pas de force à affronter X dans cette polémique. || Esprit sans force. ⇒ Consistance, profondeur.
17 La philosophie n'est pas même la science des géomètres, qui, elle du moins, exerce la force de l'esprit, et en fait l'essai, sinon l'emploi.
Andr√© Suar√®s, Trois hommes, ¬ę Pascal ¬Ľ, II.
‚ô¶ Sp√©cialt. (‚Ķ¬†de ‚Ķ force). Capacit√© donn√©e par l'exp√©rience, l'apprentissage de qqch. ‚áí Habilet√©, m√©rite, talent. || √ätre de premi√®re force au maniement (cit.¬†2) de l'arc. || Esth√©ticien (cit.¬†1) de premi√®re force. || Ces deux joueurs sont de la m√™me force (‚Üí Commenter, cit.¬†1). Par ext. Caract√®re remarquable (des ouvrages de l'esprit). ‚áí Qualit√©. || Dans l'Ňďuvre immense de V.¬†Hugo, tout n'est pas de m√™me force. ‚ÄĒ REM. Ne pas confondre cet emploi avec le sens¬†II., 2. (supra cit.¬†38).
18 ‚ÄĒ¬†(‚Ķ)¬†je suis enthousiasm√©e de l'air et des paroles.
‚ÄĒ¬†Je n'ai encore rien vu de cette force-l√†.
Molière, les Précieuses ridicules, 9.
‚ô¶ En parlant des √©coliers. ‚áí Niveau (intellectuel). || √Čl√®ves de m√™me force en sciences. || Ce probl√®me n'est pas de sa force (‚Üí √Ä sa port√©e). || √ätre de force √† passer en troisi√®me. ‚ÄĒ Par ext. || Cet √©l√®ve est de la force de la troisi√®me. || Deux devoirs de m√™me force (‚áí Difficult√©).
‚ô¶ Dans l'ordre moral. ‚áí Constance, courage, cran, d√©termination, √©nergie, fermet√©, volont√©. || Force morale (‚Üí Asc√©tique, cit.¬†2); force de caract√®re, de volont√© (‚Üí Asc√®se, cit.¬†2; caract√®re, cit.¬†56). || La force d'√Ęme des h√©ros corn√©liens. || Avoir la force de prendre une d√©cision p√©nible, de pers√©v√©rer dans une entreprise difficile. || Redonner √† qqn la force de lutter (‚áí Affermir, encourager, retremper). || Je n'ai pas eu la force de protester, de refuser. ‚áí CŇďur.
19 Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre force.
La Rochefoucauld, Maximes, 122.
20 Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
La Rochefoucauld, Maximes, 19.
21 Je n'ai pu de ma main te conduire au supplice;
Je n'en eus pas la force (…)
Voltaire, l'Orphelin de la Chine, II, 1.
22 Ma force à lutter s'use et se prodigue.
Jusqu'à mon repos, tout est un combat;
Et, comme un coursier brisé de fatigue,
Mon courage éteint chancelle et s'abat.
A. de Musset, Derniers vers, in Pièces posthumes, p. 259.
23 ‚ÄĒ¬†Ah¬†! Seigneur¬†! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon cŇďur et mon corps sans d√©go√Ľt¬†!
Baudelaire, les Fleurs du mal, ¬ę Voyage √† Cyth√®re ¬Ľ.
24 (‚Ķ) elle me r√©sistait avec une force de volont√© qui voulait ma√ģtriser la mienne, sans qu'une larme v√ģnt dans ses yeux, ni un tremblement dans sa voix.
Loti, Aziyadé, III, XLIV.
25 ¬ę L'√©nergie des Thibault ¬Ľ, songea Antoine (‚Ķ) ¬ę Chez mon p√®re, autorit√©, go√Ľt de domination‚Ķ Chez Jacques, imp√©tuosit√©, r√©bellion‚Ķ Chez moi, opini√Ętret√©‚Ķ Et maintenant¬†? Cette force, que ce petit a dans le sang, quelle forme va-t-elle prendre¬†? ¬Ľ
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 86.
‚ô¶ Litt√©r. (Au plur.). || Cette √©preuve est au-dessus de ses forces (‚Üí Achopper, cit.¬†4), au-dessus des forces humaines. || Aimer (cit.¬†1) de toutes ses forces. ‚áí Ardeur (‚Üí De toute son √Ęme).
5 Influence, pouvoir, puissance (d'un groupe, d'un ensemble de personnes). || La force de l'√Čglise, d'un parti. || Les peuples font la force des r√©gimes (‚Üí Faiblesse, cit.¬†12). || La force de l'√Čtat (cit.¬†113). || Une force politique. ‚Üí 1. Politique, cit.¬†11; et aussi √©miettement, cit. || Force militaire d'un pays. || Force d'une arm√©e. || La discipline (cit.¬†11) fait la force principale des arm√©es.
26 Sans doute, ceux qui franchirent ce pas se sentaient une grande force, mais cette force n'était nullement organisée; le peuple n'était pas militaire, comme il l'est devenu plus tard.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., I, III.
27 (…) elle avait la force devant qui les autres plient : le calme.
R. Rolland, le Voyage intérieur, p. 92.
♦ Spécialt. || La force d'une armée, sa force numérique. ⇒ Importance.
‚ô¶ ‚ėĎ Prov. L'union fait la force.
‚ô¶ (Avec une id√©e de sup√©riorit√©). || Sa force, c'est sa patience. ‚ÄĒ Faire la force de¬†: constituer la sup√©riorit√© de. || L'esprit fait la force de l'homme. ‚áí Valeur. || C'est son calme qui fait sa force. || Ses relations font sa force.
28 Moi, ce qui fait ma force, c'est que je fais tout moi-même : le texte, la musique, y compris l'accompagnement.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXI, p. 167.
29 Une des grandes forces de Lénine (…) était son aptitude à ne jamais se sentir prisonnier de ce qu'il avait prêché la veille comme vérité.
Julien Benda, la Trahison des clercs, p. 60.
‚ô¶ ‚ėĎ En force (‚Üí au sens propre, ci-dessus, I., 1.). || √ätre en force, arriver, attaquer en force, en nombre, avec des effectifs consid√©rables. || ¬ę L'ennemi se montre en force sur notre flanc gauche ¬Ľ (Littr√©).
6 (XIIe). Plur. Ensemble des arm√©es. ‚áí Troupe (‚Üí Expos√©, cit.¬†1). || Les forces arm√©es de l'O. T. A. N. || Forces d'outre-mer. || Forces de terre et de mer; forces navales, a√©riennes. ‚ÄĒ (1939). || Forces terriennes antia√©riennes (F. T. A.). || Regrouper, concentrer ses forces. || Forces mass√©es √† la fronti√®re. || √Čcraser les forces ennemies (‚Üí Accul√©, cit.¬†2).
30 Alexandre, et sous lui, Barclay de Tolly, son ministre de la guerre dirigeait toutes ces forces; elles étaient partagées en trois armées.
Ph. P. Ségur, Hist. de Napoléon, IV, I.
31 Les ¬ę r√©gulars ¬Ľ et les forces suppl√©tives devaient se rassembler.
P. Mac Orlan, la Bandera, XIII.
♦ Par ext. || Forces politiques, syndicales. || Forces conservatrices (1797, au sing.), réactionnaires. || Forces progressistes, révolutionnaires.
32 (…) il avait immédiatement aperçu quel parti l'Internationale pouvait tirer de ce trouble, pour rallier les forces d'opposition et faire progresser l'idée révolutionnaire.
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 138.
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
II (La force de quelque chose).
1 R√©sistance (d'un objet). ‚áí R√©sistance, robustesse, solidit√©. || Force d'un mur, d'une barre. || Force d'un lien (‚Üí Briser, cit.¬†18), d'un tissu. || Donner de la force, de la solidit√©. ‚áí Consolider, renforcer. ‚ÄĒ Sp√©cialt. || Jambe de force, ou force¬†: pi√®ce de charpente qui sert, dans la ferme d'un comble, √† soulager la port√©e des longues poutres (‚Üí 1. Canon, cit.¬†3).
2 Intensité ou pouvoir d'action (d'une chose); caractère de ce qui est fort. || La pluie frappe les vitres avec force. || La force du vent. ⇒ Vitesse. || Vent de force 5, de force 6.
32.1 Dehors, nous trouvons un petit force 3 du sud-ouest et Joshua taille de la route au près sur une mer en nette diminution depuis hier (…) je constate (…) que le vent est contraire, qu'il n'est pas trop fort (c'est toujours ça de gagné) et je me console par la foi. En tout cas, tout va bien à bord, malgré ma sainte horreur des traversées qui débutent avec vent debout.
Bernard Moitessier, Cap Horn à la voile, p. 70.
♦ Par ext. || Force d'un coup, d'un choc (→ Abattre, cit. 17; approcher, cit. 15). || La force d'une détonation. || Diminuer la force d'un son. ⇒ Baisser. || La force d'un acide. || Force d'une boisson, sa concentration ou son degré d'alcool. || Donner de la force à un vin. ⇒ Corser. || Atténuer, accentuer la force d'un effet, d'une réaction. || Il s'écria avec force.
‚ô¶ (Choses abstraites). || La force d'un sentiment, d'un d√©sir, son intensit√©. ‚áí Violence. || √Čgo√Įsme qui prend de plus en plus de force avec l'√Ęge. || La force des passions. ‚áí Courant (cit.¬†13), torrent.
33 Hélas ! que votre amour n'avait guère de force
Et de si peu de chose on le peut voir mourir !
Molière, Amphitryon, II, 6.
34 L'homme qui vit avec force n'a que faire des idées mortes, ce gibier de savant.
Andr√© Suar√®s, Trois hommes, ¬ę Ibsen ¬Ľ, III.
35 (…) effrayée de découvrir qu'un muscle perd sa vigueur, un désir sa force, une douleur la trempe affilée de son tranchant (…)
Colette, la Naissance du jour, p. 6.
36 Nous n'agirions jamais si nos sentiments devaient avoir à nos yeux un commencement et une fin; c'est notre foi en leur éternité qui fait leur force éphémère (…)
Edmond Jaloux, le Dernier Jour de la création, VII.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. Dans toute la force du mot, du terme¬†: dans l'acception la plus signifiante, la moins affaiblie. || Il est fou dans toute la force du terme.
37 George Allory, qui est, dans toute la force du terme, une vieille noix (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XVIII, p. 248.
‚ô¶ Force du style. ‚áí Couleur, vie, vigueur (‚Üí Amplification, cit.¬†1). || S'exprimer avec force. ‚áí √Čloquence, 1. feu, v√©h√©mence. || Cela manque de force (‚áí Faible).
38 Je crois que le plus grand caractère du génie est avant tout la force, donc ce que je déteste le plus dans les arts, ce qui me crispe, c'est l'ingénieux, l'esprit.
Flaubert, Correspondance, t. II, p. 278.
♦ Peint. || Force du tracé, du dessin…, se dit de formes tracées nettement, avec décision. ⇒ Vigueur.
39 Frappante figure, dont on ne pouvait oublier l'extrême et significative force de contour.
Colette, l'√Čtoile Vesper, p.¬†63.
‚ô¶ Efficacit√©. || Force d'une machine, d'un levier, d'un ressort. ‚áí Puissance, rendement, travail. || La force d'un m√©dicament, d'un rem√®de, son pouvoir agissant. ‚áí Action, activit√©, effet, efficacit√© (‚Üí √āpret√©, cit.¬†5). || Force d'un poison.
♦ (Abstrait). || La force d'une idée, d'une théorie, d'un système, leur action, leur influence. ⇒ Importance, influence. || La force de la beauté, de la vérité.
40 Mais le vrai a une grande force quand il est libre; le vrai dure; le faux change sans cesse et tombe.
Renan, Souvenirs d'enfance…, Préface.
41 (…) dans un endroit comme celui-ci, le mensonge a autant de force que la vérité.
J. Green, Adrienne Mesurat, III, VIII.
♦ Force d'un argument, d'une argumentation (cit. 3), d'une preuve, d'une démonstration. || Force probante : pouvoir de persuasion. || Force de l'éloquence.
42 La force d'un raisonnement consiste dans une exposition claire des preuves mises dans tout leur jour, et une conclusion juste (…)
Voltaire, Dict. philosophique, Force.
♦ Jeux. || La force d'une main, au bridge, sa valeur objective, calculée en points.
3 Typogr. || Force de corps, d'un caractère, mesurée en points. || Un corps de force 6 (ou : du 6).
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
III (Toujours au sing.). Pouvoir de contrainte.
1 (En parlant d'une personne, d'un groupe, d'une organisation). ‚áí Contrainte, oppression, violence. || Employer la force, user de la force. || Recourir alternativement √† la force et √† la douceur, √† la ruse, √† la conciliation. || Faire faire quelque chose par la force (‚Üí √Čducation, cit.¬†1). || Faire force √† qqn (vx). ‚áí Forcer. || Avoir la force en main (vx). || Opposer la force √† la force. || R√©sister √† la force. || C√©der, ob√©ir √† la force. || Ma√ģtre impos√© par la force. ‚áí Oppression, tyrannie (‚Üí Ex√©crer, cit.¬†5). || ¬ę C'est la force qui fait l'opinion ¬Ľ (cit.¬†26, Pascal).
43 (Je sais) que jamais par la force on n'entra dans un cŇďur¬†(‚Ķ)
Molière, le Misanthrope, IV, 3.
44 On accepte la violence parce que tous les grands changements sont basés sur la violence et l'on confère à la force une obscure vertu morale.
Sartre, Situations III, p. 54.
♦ La force et la justice, et le droit (cit. 34). || La force prime le droit (→ 3. Droit, cit. 36), mot attribué à Bismarck, apologie de la force brutale au mépris de la légalité.
45 Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
Pascal, Pensées, V, 298.
46 (…) en temps de paix armée, il est illusoire d'espérer que des gouvernements, convaincus de la primauté de la force sur le droit, et déjà dressés les uns contre les autres, et lancés à fond dans la course aux armements, puissent jamais s'entendre pour (…) renoncer tous ensemble à leur folle tactique.
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 171.
‚ô¶ (Dans des expressions avec de). Pouvoir de contraindre donn√© par la sup√©riorit√© militaire. || Coup de force. || Situation de force. || Politique de force, d'intimidation par la force. ‚áí Pression. || √Čpreuve de force, entre deux antagonistes, deux groupes adverses, tout espoir de conciliation √©tant √©cart√©.
‚ô¶ Maison centrale de force, maison de force¬†: prison d'√Čtat o√Ļ sont les condamn√©s aux travaux forc√©s et √† la r√©clusion. ‚áí For√ßat, prison.
47 La peine des travaux forcés est subie dans une maison de force, avec obligation au travail et assujettissement à une épreuve d'isolement cellulaire de jour et de nuit.
Décret du 17 juin 1938, art. 1er (loi du 5 janv. 1951).
♦ Camisole de force. ⇒ Camisole (cit. 3). || Collier de force des chiens d'arrêt.
♦ Par ext. || Force publique : ensemble des agents armés d'un gouvernement, qui assurent par la force l'exécution des actes, et le maintien de l'ordre public. ⇒ Gendarmerie, police (→ Contribution, cit. 1). || Recourir à la force pour disperser un attroupement (cit. 2). || Force armée : tout corps de troupes qui peut être requis pour faire exécuter la loi, maintenir l'ordre. || Faire appel à la force armée en cas de grève (→ Extrême, cit. 13).
48 La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Déclaration des droits de l'homme, art. 12.
REM. Au plur., forces de l'ordre, forces de police, s'emploient dans le langage gouvernemental pour police et gendarmerie, en période de troubles, d'émeutes. Les forces de l'ordre ont occupé la Sorbonne en mai 1968.
48.1 Et s'il n'existait pas d'aiguillon capable de remettre ce peuple debout ? S'il se soumettait à la force : non aux forces de l'ordre, mais à l'ordre de la Force ?
F. Mauriac, le Nouveau Bloc-notes 1958-1960, p. 54.
‚ô¶ (1959). || Force de frappe¬†: ensemble des moyens militaires modernes (fus√©es, armes atomiques) destin√©s √† √©craser rapidement un ennemi. ‚ÄĒ (1961). Fig. Autorit√©, force, puissance.
48.2 Une Ňďuvre de style baroque. On aime ou on n'aime pas. J'aime mod√©r√©ment, tout en devant reconna√ģtre la force de frappe.
L. Estang, les Miroirs jumeaux, cité par J. Champion, in le Figaro littéraire, 9 juil. 1968.
‚ô¶ Force de dissuasion. ‚áí Dissuasion.
2 La force de (qqch.)¬†: son caract√®re irr√©sistible. || La force de l'√©vidence (cit.¬†9), devant laquelle on s'incline. || Force de l'exemple, de la raison (‚Üí Autorit√©, cit.¬†38). || La force de l'habitude (‚Üí Axe, cit.¬†2; d√©cousu, cit.¬†4). || Faire quelque chose par la force de l'habitude, automatiquement, machinalement. ‚ÄĒ La force des choses¬†: la n√©cessit√© qui r√©sulte d'une situation. ‚áí N√©cessit√©, obligation. || Il ne peut diff√©rer plus longtemps, il sera amen√© par la force des choses √† prendre une d√©cision. ‚áí In√©vitablement, n√©cessairement, obligatoirement (‚Üí Acculer, cit.¬†5; briser, cit.¬†2).
49 C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.
Rousseau, Du contrat social, II, 11.
50 (…) par la force des choses (…) on enterra pêle-mêle, les uns sur les autres, hommes et femmes, sans souci de la décence.
Camus, la Peste, p. 193.
‚ô¶ Dr. || Force majeure¬†: √©v√©nement qui n'a pu √™tre pr√©vu ni emp√™ch√©, ni surmont√© et qui lib√®re le d√©biteur de son obligation. ‚ÄĒ ‚ėĎ Loc. cour. Cas de force majeure (‚Üí Cens√©, cit.¬†3). || L'incendie provoqu√© par la foudre, l'inondation, la guerre, cas de force majeure (‚Üí Avarie, cit.¬†5).
‚ô¶ Force ex√©cutoire d'un acte. ‚áí Ex√©cutoire; coercition, contrainte. ‚ÄĒ Force de chose jug√©e¬†: qualit√© appartenant aux jugements quand les voies de recours produisant un effet suspensif sont √©puis√©es ou lorsque le d√©lai pour les former est expir√© (‚Üí aussi Autorit√©, cit.¬†30). ‚ÄĒ Force d'une loi, son caract√®re obligatoire. ‚áí Autorit√© (‚Üí Abroger, cit.¬†1). ‚ėĎ Loc. Avoir force de loi¬†: √™tre assimilable √† une loi, en avoir le caract√®re obligatoire. || D√©cret, arr√™t√© qui a force de loi (‚Üí aussi Comice, cit.¬†1). ‚ÄĒ Force est demeur√©e √† la loi, se dit lorsque gr√Ęce aux autorit√©s charg√©es de la faire respecter, la loi l'a emport√©.
51 (‚Ķ) il s'introduisit une coutume ayant force de loi (‚Ķ) de faire gr√Ęce de la corde √† tout criminel condamn√© qui savait lire¬†(‚Ķ)
Voltaire, Dict. philosophique, Clerc.
3 ‚ėĎ Loc. adv. De force¬†: en faisant effort pour surmonter une r√©sistance. || Faire entrer de force une chose dans une autre. || Prendre, enlever de force qqch. √† qqn. ‚áí Arracher, extorquer. || Attacher quelqu'un de force. || Prendre une femme de force. ‚áí Violer. ‚ÄĒ Prendre une ville de vive force. ‚áí Assaut (‚Üí Embl√©e). ‚ÄĒ ‚ėĎ De gr√© ou de force¬†: volontairement ou non. || Il ob√©ira de gr√© ou de force, qu'il le veuille ou non. ‚áí Forcer, violenter.
52 L'Assemblée nationale reçut une pétition de la mère d'une autre religieuse, que l'on retenait de force; la supérieure et le directeur l'empêchaient de transmettre à la municipalité la déclaration qu'elle faisait de quitter son ordre.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., IV, XI.
53 ‚ÄĒ¬†Je vais aller chercher vos filles, mon bon p√®re Goriot, je vous les ram√®nerai.
‚ÄĒ¬†De force, de force¬†! Demandez la garde, la ligne, tout¬†!
Balzac, le Père Goriot, Pl. t. II, p. 1072.
‚ô¶ ‚ėĎ Par force¬†: en recourant √† la force; en c√©dant √† la force. || Prendre, obtenir quelque chose par force. || Il n'a pas accept√© de son plein gr√©, mais par force, parce que les √©v√©nements l'y contraignaient (‚Üí Assur√©, cit.¬†82; bois, cit.¬†18; faveur, cit.¬†19). ‚ÄĒ Contr.¬†: b√©n√©volement, volontairement.
54 Le mariage est une cha√ģne o√Ļ l'on ne doit jamais soumettre un cŇďur par force; et si Monsieur est honn√™te homme, il ne doit point vouloir accepter une personne qui serait √† lui par contrainte.
Molière, le Malade imaginaire, II, 6.
55 À certains moments, on a un peu l'impression d'avoir à faire marcher par force des galériens ou des prisonniers de guerre.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXVII, p. 297.
‚ô¶ ‚ėĎ √Ä toute force¬†: en d√©pit de tous les obstacles, de toutes les r√©sistances. ‚áí Absolument; ‚Üí Malgr√© tout; √† tout prix; par tous les moyens; co√Ľte que co√Ľte. || Il voulait √† toute force que nous l'accompagnions en voyage. || Il faut √† toute force obtenir ce laissez-passer (‚Üí aussi Approche, cit.¬†3). ‚ÄĒ Vieilli. √Ä la rigueur.
56 (‚Ķ) ceux qui voulaient √† toute force qu'on travaill√Ęt pour eux.
P.-L.¬†Courier, Lettres au r√©dacteur du ¬ę Censeur ¬Ľ, IX, in¬†Littr√©.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. litt√©r. Force est de (et l'inf.). S'emploie pour exprimer la contrainte des √©v√©nements, de la raison‚Ķ || Force √©tait de prendre une d√©cision, il fallait la prendre de toute n√©cessit√©, sans aucune √©chappatoire. || Force lui fut de se contenter de ce qu'il avait. ‚áí N√©cessit√© (‚Üí aussi Combat, cit.¬†12; √©chappement, cit.¬†2).
57 (…) ne fallait-il voir là qu'une suite fortuite d'événements, ou chercher entre eux quelque rapport ? Ni Casimir n'aurait su, ni l'abbé voulu m'en instruire. Force était d'attendre avril. Dès mon second jour de liberté, je partis.
Gide, Isabelle, VII.
58 Force lui fut de reconna√ģtre que, ce soir, il avait opt√© pour le plus facile, et pris le chemin tout trac√©.
Martin du Gard, les Thibault, t. III, p. 215.
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
IV Principe d'action (physique ou morale).
1 √Čnergie, travail (vx, en sciences). || La force mouvante (cit.¬†4) d'un poids.
59 L'invention de tous ces engins n'est fondée que sur un seul principe, qui est que la même force, qui peut lever un poids, par exemple, de 100 livres à la hauteur de 2 pieds, en peut aussi lever un de 200 livres à la hauteur d'un pied ou de 400 à la hauteur d'un demi-pied, et ainsi des autres, si tant est qu'elle lui soit appliquée.
Descartes, cité par Bouasse, Introd. à l'étude des théories de la mécanique, p. 70.
60 L'air, par exemple, condensé dans un récipient, fait un effort continuel pour se dilater, sans jamais rien perdre de sa force; parce que les parois du récipient, ne pouvant céder, ne font que soutenir sa pression, sans affaiblir l'élasticité de l'air.
J. Bernoulli, cité par Bouasse, Introd. à l'étude des théories de la mécanique, p. 257.
♦ Littéraire :
61 En moins d'un siècle, trois réserves de forces ont été décelées : la vapeur, l'électricité, l'énergie intra-atomique. Le champ des découvertes est loin d'être clos.
Daniel-Rops, le Monde sans √Ęme, p.¬†70.
2 Mod. a Cause capable de déformer un corps, ou d'en modifier le mouvement, la direction, la vitesse. || La mécanique, science de l'équilibre des forces (⇒ Statique) et des mouvements qu'elles engendrent (⇒ Dynamique).
‚ô¶ Force cr√©ant une d√©formation dans un corps. || Repr√©sentation vectorielle d'une force (direction, sens, point d'application, intensit√©). || Bras de levier d'une force. || Force d'adh√©sion (cit.¬†1), de pression, force coh√©sive. || Th√©or√®me du parall√©logramme (cit.) des forces. || D√©composition d'une force en ses composantes. || R√©sultante de deux forces. || Forces parall√®les de sens diff√©rent et de m√™me intensit√©. ‚áí Couple (‚Üí Isodynamique). || √Čquilibre des forces. || Force d'inertie¬†: r√©sistance qu'oppose un mobile √† ce qui peut le mettre en mouvement. || Moment d'une force par rapport √† un point¬†: produit de la force par la distance du point √† la force.
b Dans l'√©quation fondamentale de la dynamique, Produit de la masse d'un corps par l'acc√©l√©ration que ce corps subit (F¬†=¬†mő≥). || Force vive d'un corps¬†: produit de la masse d'un corps par le carr√© de sa vitesse. ‚ÄĒ REM. Cette expression est parfois abusivement employ√©e √† la place de celle d'√©nergie cin√©tique. || Force attractive (‚áí Attraction), r√©pulsive. || Force centrifuge, centrip√®te (cit.). || Force de la pesanteur. ‚áí Poids. || Force ascensionnelle d'un ballon. || Le newton, unit√© de force dans le syst√®me M. K. S. A. || Forces de contact, oppos√© √† forces de champs, √† distance. || Lignes de force d'un champ √©lectrique, magn√©tique. ‚áí Flux (flux magn√©tique). || Forces de gravitation √©lectromagn√©tiques nucl√©aires. ‚ÄĒ Force √©lectromotrice (‚Üí f. √©. m.).
62 Un jour, en l'ann√©e 1666, Newton, retir√© √† la campagne, et voyant tomber des fruits d'un arbre, √† ce que m'a cont√© sa ni√®ce (madame Conduit), se laissa aller √† une m√©ditation profonde sur la cause qui entra√ģne ainsi tous les corps dans une ligne qui, si elle √©tait prolong√©e, passerait √† peu pr√®s par le centre de la terre. Quelle est, se demandait-il √† lui-m√™me, cette force qui ne peut venir de tous ces tourbillons imaginaires d√©montr√©s si faux¬†? Elle agit sur tous les corps √† proportion de leurs masses, et non de leurs surfaces; elle agirait sur le fruit qui vient de tomber de cet arbre, f√Ľt-il √©lev√© de 3 000¬†toises, f√Ľt-il √©lev√© de 10 000. Si cela est, cette force doit agir de l'endroit o√Ļ est le globe de la lune jusqu'au centre de la terre; s'il est ainsi, ce pouvoir, quel qu'il soit, peut donc √™tre le m√™me que celui qui fait tendre les plan√®tes vers le soleil, et que celui qui fait graviter les satellites de Jupiter sur Jupiter.
Voltaire, √Čl√©ments de philosophie de Newton, III, III.
63 C'est √©videmment la force musculaire de l'homme et des animaux qui est √† l'origine de la notion de force; c'est √† cette force musculaire que se rapportent les mots qui, dans les langues les plus anciennes, correspondent au mot ¬ę force ¬Ľ et √† ses d√©riv√©s. Si deux hommes tiennent dans leurs mains les deux extr√©mit√©s d'une corde et tirent chacun de son c√īt√©, c'est le plus fort qui l'emporte (‚Ķ) De nombreuses exp√©riences sugg√®rent l'id√©e plus ou moins vague de l'addition des forces¬†: si deux hommes tirent sur la m√™me corde, ils l'emportent ais√©ment sur un seul homme qui tire seul √† l'autre extr√©mit√© (‚Ķ) En l'absence de toute force, le mouvement d'un corps continue, toujours dans la m√™me direction et avec la m√™me vitesse, c'est-√†-dire rectiligne et uniforme (‚Ķ) Cette concordance (des calculs et des exp√©riences) a certainement beaucoup contribu√© √† cr√©er chez les m√©caniciens (sp√©cialistes des probl√®mes de m√©canique rationnelle) la croyance en la r√©alit√© des forces, bien que ce soient, √† certains √©gards, de pures abstractions dont on observe seulement les effets.
√Čmile Borel, √Čvolution de la m√©canique, p.¬†13,¬†66,¬†85.
63.1 Quand on dit que la force est la cause d'un mouvement, on fait de la métaphysique, et cette définition, si on devait s'en contenter, serait absolument stérile. Pour qu'une définition puisse servir à quelque chose, il faut qu'elle nous apprenne à mesurer la force; cela suffit d'ailleurs, il n'est nullement nécessaire qu'elle nous apprenne ce que c'est que la force en soi, ni si elle est la cause ou l'effet du mouvement.
Henri Poincaré, la Science et l'Hypothèse, p. 120.
‚ô¶ Sp√©cialt. Cour. Courant √©lectrique. ‚áí √Člectricit√©. ‚ÄĒ Courant √©lectrique triphas√©. || Faire installer la force. || Cet appareil utilise la force, (appos.) le courant force.
c Fig. || √Čquilibre, jeu de forces contraires dans la soci√©t√© (‚Üí Carnage, cit.¬†5). || √ätre √©cartel√© (cit.¬†5) entre des forces contraires (‚Üí Contrepoids, cit.¬†3).
♦ (1950). Polit. || Troisième force : force politique qui tente de garder une position intermédiaire entre des tendances déterminées (droite, gauche, etc.).
‚ô¶ Lignes de force d'une Ňďuvre graphique, d'un tableau¬†: les axes qui ont servi √† leur composition.
‚ô¶ Force d'inertie d'une personne.
‚ô¶ Forces vives. ‚áí Vif.
3 Didact. a Principe d'action, cause de mouvement, de changement.
64 (…) notre volonté est une force qui commande à toutes les autres forces lorsque nous la dirigeons avec intelligence.
Buffon, Introd. √† l'hist. nat. des min√©raux, Des √©l√©ments, II,¬†in¬†Ňí.,¬†t.¬†IX,¬†p.¬†66.
REM. Lalande (Dict. philosophique) conseille d'√©viter le mot force dans ce sens, comme √©tant ¬ę un des mots les plus vagues et les plus obscurs de la philosophie ¬Ľ.
♦ Idées-forces : opinions ou idées capables d'influencer l'évolution d'un individu, ou d'une nation, d'une époque. || Le principe des nationalités, l'une des idées-forces du XIXe siècle.
b Cour. (souvent au plur.). Principe d'action. || Les forces aveugles, myst√©rieuses, occultes de l'univers, de la nature (‚Üí Bienveillant, cit.¬†5; culture, cit.¬†21). || Les forces implacables du destin (‚Üí Fatalisme, cit.¬†3). || Les forces du mal, des t√©n√®bres. || Forces obscures, irr√©sistibles, fatales, qui poussent, entra√ģnent quelqu'un. ‚áí Impulsion (‚Üí Agitation, cit.¬†17; bouillonnement, cit.¬†2; √©tudier, cit.¬†4). || √ätre m√Ľ par une force (‚Üí Fa√ßon, cit.¬†29). || Forces √©manant des √™tres, des choses. ‚áí Fluide (cit.¬†9). || Aucune force au monde ne peut l'arr√™ter (‚Üí Accomplir, cit.¬†8). || La force du sang, sorte d'attirance, de lien que cr√©e la consanguinit√© des √™tres. ‚áí Parent√©.
65 (…) Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une √Ęme de malheur faite avec des t√©n√®bres¬†!
O√Ļ vais-je¬†? Je ne sais. Mais je me sens pouss√©
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Hugo, Hernani, III, 4.
66 Il y a je ne sais quelle force cach√©e, a dit Lucr√®ce (ce que d'autres avec Bossuet nommeront Providence), qui semble se plaire √† briser les choses humaines, √† faire manquer d'un coup l'appareil √©tabli de la puissance, et √† d√©jouer la pi√®ce juste au moment o√Ļ elle promettait de mieux aller.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 6 mai 1850.
67 Il y a dans la prière une opération magique. La prière est une des grandes forces de la dynamique intellectuelle.
Baudelaire, Journaux intimes, ¬ę Fus√©es ¬Ľ, XI.
68 (…) je ne pus m'empêcher d'admirer la vigueur magnifique de la nature et l'irrésistible force qui pousse tout germe à se développer dans la vie.
France, le Crime de S.¬†Bonnard, in¬†Ňí.,¬†t.¬†II,¬†p.¬†348.
69 Chez nous, les idées sont des forces actives et dangereuses qu'il faut manier avec prudence.
A. Maurois, les Discours du Dr O'Grady, XIII.
70 Il était dans le juste et dans le vrai. Il avait pour lui la raison, les forces obscures de l'avenir.
Martin du Gard, les Thibault, t. VIII, p. 26.
71 Le mouvement syndicaliste est la plus grande force d'aujourd'hui et de demain. C'est une force que je puis capter.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, p. 236.
72 Elle avait la certitude que si elle ouvrait sa porte les forces hostiles déferleraient chez elle, s'empareraient d'elle et que ça serait fini une fois pour toutes.
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 232.
‚ô¶ ‚ėĎ Fig. C'est une force de la nature, se dit d'une personne dot√©e d'une vitalit√© irr√©sistible qui √©voque les √©l√©ments de la nature. ‚áí Ph√©nom√®ne.
73 Monsieur, je vous aime et je vous admire, parce que vous êtes une des forces de la nature.
Michelet, Lettre à Alexandre Dumas père.
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
V Adv. de quantité. a Vx ou littér. || Force (qqch.) : beaucoup de.
74 Force dans le sens de beaucoup, que Buffler trouvait vieilli, a peut-être été sauvé par le vers de La Fontaine : j'ai dévoré force moutons. Cette expression n'est cependant pas d'un grand usage. On dit une quantité, un grand nombre, une foule.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 114.
♦ Manger force soupe (→ Aboyer, cit. 3). || Salle arrangée (cit. 9) avec force tapisseries.
75 (…) la renommée n'en dit pas force bien (…)
Molière, Dom Juan, III, 3.
76 (…) une (…) fontaine monumentale qui forme épaulement, dédiée à l'empereur Charles-Quint, avec force devises, blasons, victoires, aigles impériales, médaillons mythologiques (…)
Th. Gautier, Voyage en Espagne, p. 164.
77 Les enfants sont toujours port√©s √† aimer les soldats. Nous nous s√©par√Ęmes √† la porte avec force poign√©es de main¬†(‚Ķ)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, V.
77.1 Dans la salle, une foule consid√©rable est rassembl√©e¬†: des hommes, debout, pour la plupart en costumes civils, qui parlent par petits groupes en faisant beaucoup de gestes. Le soldat essaie de s'y frayer un passage. Il parvient enfin √† une zone plus d√©gag√©e o√Ļ les gens, assis √† des tables, boivent du vin en discutant, toujours avec force mouvements de mains et exclamations.
A. Robbe-Grillet, Dans le labyrinthe, p. 170.
b ‚ėĎ Loc. adv. Vx. √Ä force. ‚áí Beaucoup, extr√™mement, fort.
78 Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Ronsard, √Čl√©gies, XXIV.
c ‚ėĎ Loc. pr√©p. Mod. √Ä force de. ‚ÄĒ (Suivi d'un nom). Par beaucoup de‚Ķ, gr√Ęce √† beaucoup de‚Ķ || √Ä force de patience, il finira par r√©ussir. ‚áí Avec. || √Ä force de repos et de soins il recouvra la sant√©. || Il se l'attacha √† force de bont√©s, de bienfaits. || Se laisser corrompre √† force de pr√©sents (‚Üí Apaiser, cit.¬†6). || Assassiner (cit.¬†7) les gens √† force de nourriture. || √Čconomiser (cit.¬†1) de l'argent √† force de privations (‚Üí aussi Arriver, cit.¬†39; art, cit.¬†52; atermoiement, cit.¬†2).
79 À force de façons, il assomme le monde (…)
Molière, le Misanthrope, II, 4.
80 √Ä force de plaisirs notre bonheur s'ab√ģme.
Cocteau, Po√®mes choisis, ¬ę Dos d'ange ¬Ľ.
♦ (Suivi d'un verbe, exprime la répétition, l'intensité de l'action ou de l'état). || Il s'est cassé la voix à force de crier. || À force de mentir, il perdra la confiance de tout le monde. || À force de parler d'amour, on devient amoureux (cit. 3). || À force de tirer sur la corde, elle casse. || Vous êtes faible à force d'être bon.
81 Il a trouvé à force de chercher.
Clément Marot, Chants divers, XIII.
82 Quels cheveux sans couleur, à force d'être blonds ! On dirait que le jour passe à travers.
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, VIII.
83 À force de prier Dieu, il lui vint un fils.
Flaubert, la Légende de saint Julien l'Hospitalier, I.
84 À force de penser à Marthe, j'y pensai de moins en moins. Mon esprit agissait, comme nos yeux agissent avec le papier des murs de notre chambre. À force de le voir, ils ne le voient plus.
R. Radiguet, le Diable au corps, p. 51.
85 Devant eux, des champs gorgés de trèfles sombres à force d'être verts, les pommiers innombrables dénonçant à la pourpre de leurs pommes la maturité de leur force, le long des haies, l'une enjambant l'autre, les légères aubépines ayant à peine changé leur parure blanche du printemps pour la parure plus soutenue et les petites baies rouges de l'été (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 460-461.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. adv. Ellipt. (fam.). √Ä force. || √Ä force, il a fini par y arriver. || Moi, √† force, j'en ai assez (‚Üí √Ä la longue, √† la fin).
‚ĚĖ
CONTR. Adynamie, affaiblissement, alanguissement, asth√©nie, d√©bilit√©, d√©licatesse, faiblesse, fatigue, fragilit√©, langueur. ‚ÄĒ Apathie, inertie, l√Ęchet√©, mollesse, pusillanimit√©. ‚ÄĒ Impuissance, inf√©riorit√©; inefficacit√©. ‚ÄĒ Douceur, persuasion.
COMP. Antiforces.
HOM. Forces; formes du v. forcer.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • forc√© ‚ÄĒ force [ f…Ērs ] n. f. ‚ÄĘ 1080; bas lat. fortia, plur. neutre substantiv√© de fortis ‚Üí 1. fort; forcer I ‚ô¶ La force de qqn. 1 ‚ô¶ Puissance d action physique (d un √™tre, d un organe). Force physique; force musculaire. ‚áí r√©sistance, robustesse, vigueur ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • force ‚ÄĒ 1 n 1: a cause of motion, activity, or change intervening force: a force that acts after another s negligent act or omission has occurred and that causes injury to another: intervening cause at cause irresistible force: an unforeseeable event esp ‚Ķ   Law dictionary

  • force ‚ÄĒ Force, Vis, Neruositas, Fortitudo, Virtus. Il se prend quelquesfois pour le dessus d une entreprinse ou affaire, comme, Il combatit si vaillamment que la force fut sienne, c est √† dire, que le dessus du combat et la victoire fut √† luy. Item,… ‚Ķ   Thresor de la langue fran√ßoyse

  • force ‚ÄĒ Force. subst. fem. Vigueur, facult√© naturelle d agir vigoureusement. Il se dit proprement du corps. Force naturelle. grande force. force extraordinaire. force de corps. force de bras, la force consiste dans les nerfs. frapper de toute sa force, y ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • Force ‚ÄĒ Force, n. [F. force, LL. forcia, fortia, fr. L. fortis strong. See {Fort}, n.] 1. Capacity of exercising an influence or producing an effect; strength or energy of body or mind; active power; vigor; might; often, an unusual degree of strength or… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • forc√© ‚ÄĒ forc√©, √©e (for s√©, s√©e) part. pass√© de forcer. 1¬į¬†¬†¬†√Ä quoi on a fait violence, qu on a tordu, bris√© avec violence. Un coffre forc√©. Une serrure forc√©e. ‚Äʬ†¬†¬†Ils [les Juifs] r√©pandirent dans le monde que le s√©pulcre [de J√©sus] avait √©t√© forc√© ;… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©

  • force ‚ÄĒ n 1 *power, energy, strength, might, puissance Analogous words: *stress, strain, pressure, tension: *speed, velocity, momentum, impetus, headway 2 Force, violence, compulsion, coercion, duress, constraint, restraint denote the exercise or the… ‚Ķ   New Dictionary of Synonyms

  • force ‚ÄĒ [f√īrs, fŇćrs] n. [ME < OFr < VL * fortia, * forcia < L fortis, strong: see FORT1] 1. strength; energy; vigor; power 2. the intensity of power; impetus [the force of a blow] 3. a) physical power or strength exerted against a person or… ‚Ķ   English World dictionary

  • Force ‚ÄĒ Force, v. t. [imp. & p. p. {Forced}; p. pr. & vb. n. {Forcing}.] [OF. forcier, F. forcer, fr. LL. forciare, fortiare. See {Force}, n.] 1. To constrain to do or to forbear, by the exertion of a power not resistible; to compel by physical, moral,… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • force ‚ÄĒ ‚Ėļ NOUN 1) physical strength or energy as an attribute of action or movement. 2) Physics an influence tending to change the motion of a body or produce motion or stress in a stationary body. 3) coercion backed by the use or threat of violence. 4)… ‚Ķ   English terms dictionary


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